Guerre Lamiaque

Hypéride prononça l'oraison funèbre des soldats morts dans la première année de la Guerre Lamiaque au début du printemps de 322. Son texte nous est parvenu mutilé et incomplet mais la critique, unanime, le considère comme le meilleur exemple du genre.

Après la mort d'Alexandre, en 323, l'ensemble des cités grecques, dont Athènes, s'étaient soulevées contre les Macédoniens. Sous le commandement de Léosthène, les Athéniens avaient accompli des exploits et bloqué les forces macédoniennes d'Antipater dans Lamia. Léosthène fut tué au combat, dans l'hiver 323-322 et finalement les confédérés furent vaincus. C'en était fait de l'indépendance de la Grèce.

On retrouve les thèmes traditionnels du genre dans un éclairage poétique : Athènes, comparée au soleil régulateur des saisons et créateur de toutes les production utiles à la vie, " s'emploie sans cesse à punir les méchants et à secourir les justes ; à répandre partout le règne de l'égalité au lieu de l'autorité despotique ; et, en acceptant pour son compte personnel les périls et les dépenses, à garantir la sécurité commune de la Grèce." (§ 5).

Hypéride exalte la valeur morale et la grandeur de Léosthène (et de ses soldats) en le plaçant hyperboliquement au-dessus de tous ses prédécesseurs. Ainsi il est amené à rappeler les événements passés de l'histoire des Grecs : guerre de Troie (§ 36), guerres médiques (§37).

Il a si bien surpassé les héros de la guerre de Troie qu'à eux il a fallu le concours de la Grèce entière pour s'emparer d'une unique ville, tandis que lui, avec les seules forces de sa propre patrie, il a humilié toute la puissance qui commandait à l'Europe et à l'Asie. Eux ont combattu pour venger l'injure faite à une seule femme ; lui, a évité à toutes les Grecques les outrages qu'on prétendait leur infliger ; et cela grâce au concours de soldats que nous ensevelissons aujourd'hui avec lui, héros venus après ceux de l'épopée, mais dont les exploits ont égalé la valeur de leurs devanciers. Je puis nommer de même, à la tête de leurs troupes Miltiade, Thémistocle, et les autres qui, pour avoir sauvé la liberté de la Grèce, ont assuré l'honneur de leur patrie et fait la gloire de leur propre vie ; à eux aussi Léosthène s'est montré supérieur, par son courage comme par sa sagesse, en ce sens qu'eux, ont attendu l'attaque de l'armée barbare pour la repousser, lui, n'a même pas laissé l'invasion se produire ; eux, ont vu l'ennemi porter la lutte dans leur pays, lui est allé en territoire ennemi vaincre ses adversaires [...Les exploits de Léosthène et de ses soldats n'ont pas été au-dessous de ceux d'Harmodios et Aristogiton ] au contraire, s'il faut le dire, ils ont même été plus grands : les uns ont renversé les tyrans de leur patrie, les autres ceux de la Grèce entière. Oh ! Quelle belle, quelle incroyable audace dans les actes de nos soldats ! quelle glorieuse, quelle magnifique résolution ils ont prise ! quelle valeur, quelle bravoure suprême dans les périls ils ont déployées pour l'indépendance commune des Grecs.

Hypéride, Oraison funèbre, 35-40


APRÈS ALEXANDRE