La disproportion des forces

La disproportion des forces, évoquée si souvent, dans le début de la pièce, est mise encore en lumière dans le récit des événements qui précèdent la bataille de Salamine et dans celui de la bataille elle-même (la bataille est racontée dans les vers 353 sqq).

S'il ne se fût agi que de nombre, sache que le barbare aurait triomphé ; car, pour les Grecs, le chiffre de leurs bâtiments était environ dix fois trente ; dix en outre formaient réserve à part. Xerxès, au contraire, je le sais, conduisait une flotte de mille vaisseaux, sans compter les croiseurs de vitesse, au nombre de deux cent sept (v. 337-343)

L'afflux des vaisseaux perses d'abord résistait ; mais leur multitude s'amassant dans une passe étroite, où ils ne peuvent se prêter secours et s'abordent les uns les autres en choquant leurs faces de bronze, ils voient se briser l'appareil de leurs rames, et alors, les trières grecques adroitement les enveloppent, les frappent : les coques se renversent ; la mer disparaît toute sous un amas d'épaves, de cadavres sanglants ; rivages, écueils, sont chargés de morts, et une fuite désordonnée emporte à toutes rames ce qui reste des vaisseaux barbares -tandis que les Grecs, comme s'il s'agissait de thons, de poissons vidés du filet, frappent, assomment, avec des débris de rames, des fragments d'épaves ! Une plainte mêlée de sanglots règne seule sur la mer au large, jusqu'à l'heure où la nuit au sombre visage vient tout arrêter ! Quant à la somme de nos pertes, quand je prendrais dix jours pour en dresser le compte, je ne saurais l'établir. Jamais, sache-le, jamais en un seul jour n'a péri pareil nombre d'hommes (v. 412-432).

Eschyle, Les Perses, passim


La deuxième guerre médique