En Arabie

En cette contrée, la terre n'était qu'une plaine, unie comme la mer et couverte d'absinthe. Si l'on trouvait quelque autre végétation, dans les broussailles ou dans les chaumes, toutes ces plantes étaient parfumées comme des aromates, cependant il n'y avait pas un seul arbre, mais, en revanche, des bêtes sauvages de toutes sortes, des onagres en grand nombre, beaucoup d'autruches . On trouvait aussi des outardes et des gazelles. De temps en temps, les cavaliers poursuivaient ces bêtes. Les onagres, quand on les chassait, faisaient quelques bonds et s'arrêtaient, car ils couraient beaucoup plus vite que les chevaux ; puis, quand les chevaux approchaient, ils recommençaient leur manège et les cavaliers ne pouvaient pas les prendre, à moins de s'échelonner et de les poursuivre en se relayant. La chair de ceux qu'on captura ressemblait à celle des cerfs, mais elle était plus tendre. Personne ne prit d'autruche. Ceux des cavaliers qui les poursuivaient y renonçaient vite : l'oiseau, en effet, gagnait beaucoup d'avance en fuyant ; il courait avec ses pattes, il se soulevait avec ses ailes, dont il se servait comme d'une voile. Quant aux outardes, si on les fait lever brusquement on peut les attraper, car elles ont le vol court comme des perdrix et ne tardent pas à s'arrêter. Leur chair était très agréable.

Xénophon, Anabase, I, V 1à 3