Ostracisme d'Hyperbolos

Le peuple divisé en deux factions laissa le champ libre aux plus effrontés coquins ; de ce nombre était Hyperbolos (...) un homme qui ne tirait pas son audace de sa puissance, mais qui avait conquis de la puissance par son audace et qui, par la renommée dont il jouissait à Athènes, était devenu la honte de la ville. Cet homme se croyait alors bien à l'abri de l'ostracisme, parce qu'il était plutôt justiciable du carcan (=peine appliquée seulement aux esclaves) il espérait que si l'un des deux rivaux (=Alcibiade et Nicias) étai banni il serait de taille à lutter contre celui qui resterait. (...). [les deux rivaux firent bloc] si bien que que ce ne fut aucun des deux , mais Hyperbolos que frappa l'ostracisme. Sur le moment, les Athéniens ne firent que s'amuser et rire de sa mésaventure, mais plus tard ils furent fâchés de voir que cette institution de l'ostracisme était avilie par l'indignité de l'exilé, car cette sanction comportait une part de noblesse, ou plutôt, si l'on considérait l'ostracisme comme un abaissement quand il s'appliquait à un Thucydide (= fils de Milésias, ostracisé en 443), à un Aristide ou à des gens de leur valeur, pour un Hyperbolos au contraire c'était un honneur et un sujet de vantardise que d'être traité, à cause de sa scélératesse, comme l'élite des citoyens. [Ici figure la même citation de Platon le Comique]. Et finalement personne ne fut plus jamais ostracisé après Hyperbolos, qui fut le dernier, le premier ayant été Hipparque de Cholarges, qui était apparenté au tyran (=Pisitrate).

Plutarque, Vie de Nicias, 11, 3 à 8

En 417 fut engagée une procédure d'ostracisme contre Nicias et Alcibiade, qui se retourna, comme on l'a vu, contre Hyperbolos, son auteur. Nous trouvons dans le texte qui suit des informations qui confirment celles déjà données.

[L'ostracisme était] une coutume du peuple qui, de temps à autre, bannissait pour dix ans par un vote inscrit sur des tessons (ostraca) un des citoyens suspects ou jalousés simplement pour leur renommée ou pour leur richesse (...) Le genre de vie que menait Alcibiade faisait horreur, et son audace était redoutée (...). Quant à Nicias, il était envié pour sa richesse ; et surtout, ce que son comportement avait d'insociable et de peu démocratique, son abord difficile et son allure aristocratique paraissaient étranges. Il résistait souvent aux caprices des Athéniens, et, dans leur intérêt, faisait violence à leur opinion de sorte qu'il était à charge (...).

Plutarque, Vie de Nicias, 11, 1 et 2 passim


OSTRACISME