Le culte privé


Il concerne les actes religieux accomplis au sein de la famille romaine, sous la responsabilité du pater familias. Tous les membres y participent. Ils honorent par leur culte plusieurs dieux assez différents les uns des autres. Les lares, par exemple, sont les divinités qui, favorables, apportent abondance et prospérité à la famille : ils sont représentés sous les traits de deux personnages jeunes, agiles (ils sont figés dans un geste de danse), tenant à la main une corne d'abondance (voir la fiche sur l'enfance de Zeus). A chaque repas, la famille leur offre une partie de la nourriture préparée. Trois fois par mois, le laraire qui les contient, sorte de petite niche, vitrine ou chapelle placée dans la maison, est orné de fleurs.( Tibulle, Elégies)

Les Pénates ont une fonction qui touche également à l'approvisionnement (le mot penus désigne justement le garde-manger): au nombre de deux, ils ont en charge l'un la nourriture, l'autre la boisson. Les Pénates symbolisent la maison, au point que, aujourd'hui encore, "rejoindre ses pénates" veut dire, en langage familier, "rentrer chez soi". Le lieu du culte, outre le laraire déjà nommé, est le foyer de la maison,( Cicéron, De domo sua) senti comme son centre vital (pensez, par exemple, au culte de Vesta, autour du feu de la cité qui ne doit jamais s'éteindre); aujourd'hui encore, le mot foyer désigne non seulement le lieu même où l'on fait le feu, mais aussi la maison où il se trouve, et la famille qui habite cette maison.

Les Mânes, enfin, sont une représentation des ancêtres morts, qu'on redoute comme on redoute tout ce qui sort du domaine proprement humain.( Ovide Les Fastes) Pour les amadouer, les Romains les ont déjà appelés d'un nom destiné à se les concilier: "manes" veut dire "les bons", pour les forcer, en quelque sorte, à mériter leur nom en ne faisant rien de mal. Dans les familles patriciennes les masques mortuaires des ancêtres sont conservés, tout comme, aujourd'hui encore, le noble contemple la galerie des portraits de ses ancêtres. Les morts ont plusieurs fêtes publiques dans l'année (ce qui montre que culte public et culte privé ne sont pas vraiment séparés): les Lemuria, en mai, et les Parentalia en février. Les Lemuria voient le retour sur terre des esprits des morts: la tâche du chef de famille, alors, est de les chasser en prononçant diverses formules consacrées et en les effrayant par des bruits très forts. Pendant les dix jours des Parentalia, la vie de la cité se fait au ralenti: les temples sont fermés, les mariages ne sont plus célébrés, les activités normales de la production s'interrompent. Les morts mangent la nourriture qu'on a préparée sur leurs tombeaux fleuris pour l'occasion.

Religion La vie dans la cité et hors de la cité Musée Vivant de l'Antiquité