Généralités


Ce que nous appelons, par commodité, "la religion romaine",est en réalité un ensemble complexe (cet ensemble est complexe parce que à aucun moment il n'a été rassemblé en un livre unique de dogme, du type Bible ou Coran : ce que nous en savons est dû à des témoignages très divers, fragmentaires, involontaires et parfois même carrément contradictoires) de croyances, de rites et de superstitions de type polythéiste (Polythéiste: ce terme désigne la religion de ceux qui croient en plusieurs dieux. Les Grecs étaient polythéistes, les Romains aussi, ainsi que les Indiens. Le contraire de polythéiste est monothéiste: la religion chrétienne est monothéiste, l'islamisme aussi. Ces religions ne reconnaissent qu'un seul dieu, appelé Dieu par les uns, Allah par les autres.) qui a considérablement évolué au cours des dix siècles qui constituent son histoire.

Chez les Grecs, par exemple, peuple éminemment imaginatif et spéculatif, la mythologie fait partie de la religion, au point qu'ils conçoivent fort bien qu'un dieu descende parmi les humains, à telle ou telle occasion; pour les Romains en revanche, les deux mondes sont nettement délimités, pour ne pas dire séparés et les exemples d'intrusion des dieux dans le quotidien sont tout à fait exceptionnels.(Lorsque ces exemples existent, il s'agit davantage de littérature que de sentiment religieux vivant.)

Le terme même de "religio", qui a donné notre "religion", a des sens variables selon les textes, et qu'on peut ramener à peu près à "sentiment assez vague, d'ordre instinctif, d'avoir à s'abstenir d'un acte donné, l'impression confusément ressentie qu'on se trouve en face d'un acte surnaturel" (M. Eliade). (M. Eliade, savant d'origine roumaine, est un expert reconnu mondialement dans le domaine de l'histoire des mythes et des religions.)

Ce sentiment religieux est le résultat d'apports constitués en plusieurs couches : d'abord un état ancien, correspondant à un peuple indo-européen primitif occupé surtout de sa survie alimentaire, ce qui explique l'importance des rites agraires et de la fécondité ; (Tibulle, Elégies) ; la domination étrusque a apporté une composante guerrière (Plutarque, Questions romaines) ; enfin, l'influence grecque se fait sentir dans la place grandissante accordée à Apollon et Minerve dans le panthéon romain, puis dans le culte du chef qui aboutira à la divinisation de l'empereur. Quoi qu'il en soit, la religion romaine a pour trait essentiel, et les Romains eux-mêmes en étaient conscients, un caractère national très fortement affirmé.


LA RELIGION ROMAINE