Une lustratio

La lustratio présentée par Tibulle a pour fonction de purifier les terres, les troupeaux et les paysans qui s'en occupent :

Que tous les assistants observent le silence: nous célébrons la purification des moissons et des champs selon le rite antique que nous ont transmis nos aïeux. Bacchus, viens, une grappe savoureuse pendant à tes cornes, et toi, ceins tes tempes d'épis, ô Cérès. En ce jour sacré, que se repose la terre, que se repose le laboureur, que le soc suspendu fasse trêve à son pénible travail. Détachez les liens des jougs: aujourd'hui devant leurs crèches pleines les boeufs doivent rester inactifs, la tête couronnée. Que tout soit consacré au dieu; qu'aucune femme n'ose mettre la main à la laine qu'elle a pour tâche de filer. Et vous, loin d'ici, je vous l'ordonne, écartez-vous des autels, vous à qui , la nuit dernière, Vénus a apporté le plaisir; la chasteté plaît aux dieux: venez avec des vêtements purs, et purifiez vos mains dans l'eau d'une source.

Voyez comme l'agneau consacré marche aux autels resplendissants, suivi de la foule vêtue de blanc et couronnée d'olivier.

Dieux de nos pères, nous purifions nos champs, nous purifions nos campagnards; vous, chassez les maux de nos sillons, que la récolte ne déçoive pas la moisson par des herbes sans épis, et que la brebis restée en arrière n'ait pas à craindre les loups rapides. Alors le paysan dans ses beaux habits, comptant sur une abondante récolte, portera de grandes bûches dans le feu ardent du sacrifice, et la troupe des jeunes esclaves, ce signe heureux de la prospérité du cultivateur, jouera devant le foyer et dressera des cabanes de feuillage. Mes voeux seront exaucés: voyez-vous comme, dans les viscères propices, la fibre, interprète de la volonté des dieux, annonce leur bienveillance? [...]

Etre divin, viens à ce banquet de fête, mais dépose tes flèches et cache loin d'ici, je t'en conjure, tes torches ardentes .

Et vous, chantez le dieu tant célébré, pour vos troupeaux invoquez-le à haute voix; oui, en public pour vos troupeaux, mais qu'en secret chacun l'invoque pour soi-même, ou même encore pour soi en public, car les éclats de joie de la foule et les sons de la flûte phrygienne au bout recourbé empêchent d'entendre.

Tibulle, Elégies, II, 1


Le culte privé