Les Lupercalia

Jeune épouse, qu'attends-tu ? Ce n'est ni la vertu des simples, ni la prière, ni les incantations magiques qui te rendront mère : reçois avec constance les coups d'une main fécondante et bientôt on donnera à ton beau-père le nom envié de grand-père. Car il fut un temps où, par l'effet d'un sort cruel, les épouses ne donnaient à leurs maris que de trop rares enfants, gages de leur amour. [...] Il y avait au pied de l'Esquilin un bois sacré, que de temps immémorial la cognée avait respecté ; il était consacré à la grande Junon. Sitôt arrivés, maris et femmes de concert se prosternèrent, à genoux, en suppliants, et voilà que soudain la cime des arbres bougea, frissonna et la déesse fit entendre à travers son bois sacré ces paroles étonnantes: "Que le bouc sacré, dit-elle, pénètre les matrones italiennes !" Ces paroles obscures plongèrent la foule dans la stupeur et la terreur. Un devin se trouvait là, dont le nom depuis tant d'années s'est perdu ; c'était un exilé venu naguère d'Etrurie. Il immola un bouc et sur son ordre les jeunes femmes offrirent leur dos aux coups de lanières taillées dans la peau de l'animal. Quand la lune dans sa dixième révolution reforma les cornes de son croissant, soudain le mari devint père et l'épouse devint mère. Grâces soient rendues à Lucina ! Ce nom, déesse, tu le dois au bois sacré (lucus), à moins qu'on ne te l'ait donné parce que c'est toi qui donnes accès à la lumière (lux). Epargne, je t'en prie, bonne Lucine, les femmes enceintes, et, quand le fruit de leur sein est venu à maturité, délivre-les doucement !

Ovide Fastes II, 425-452


Les fêtes