La peur des éclipses


[Au moment où la flotte grecque va appareiller pour la Sicile se produit une éclipse de lune : grande terreur chez le général Nicias et chez] ... tous ceux que l'ignorance ou la superstition prédisposait à être épouvantés par des phénomènes de ce genre. [...] Ils croyaient que c'était un évènement extraordinaire, un signe précurseur de grandes calamités, envoyé par les dieux. En effet celui qui, le premier de tous, a rédigé une explication très claire et très hardie des phases lumineuses et obscures de la lune, Anaxagore, n'était pas alors ancien ni sa doctrine bien connue. [...] Dans ce temps-là on ne pouvait souffrir ceux qu'on appelait physiciens [...]; on les accusait de transporter la puissance divine à [...] des forces imprévoyantes et à des contraintes naturelles.

PLUTARQUE, Vies, Nicias, 23

(Périclès vient de s'embarquer : à ce moment se produit une éclipse de soleil).
L'obscurité se fit et tous furent frappés de terreur comme devant un signe extraordinaire. Périclès voyant le pilote effrayé et en plein désarroi, leva sa chlamyde (= son manteau) devant les yeux de celui-ci, l'en recouvrit et lui demanda alors s'il pensait qu'il y avait là quelque chose de terrible ou un présage d'une chose terrible ; l'autre dit non ; "quelle différence y a-t-il donc, lui dit Périclès, sinon que ce qui a créé l'obscurité est plus grand que mon manteau ?"

PLUTARQUE, Vies, Périclès, 33


La science grecque à l'époque classique