Les kourganes (version abrégée)

Les kourganes sont des tumulus funéraires qui parsemaient en très grand nombre les plaines du sud de la Russie et de l'Ukraine ainsi que les régions lointaines de l'Altaï. Ces tombeaux de dimensions inégales abritaient les restes de rois, de personnages puissants ou humbles. Ils nous permettent de connaître les croyances, les moeurs des Scythes autrement que par les seules sources littéraires de l'Antiquité. Beaucoup ont disparu du fait de l'usure du temps et de l'action des hommes (pillage à toutes les époques, grands travaux).
Ce n'est qu'à partir du règne de Pierre le Grand et à son initiative, qu'on s'est intéressé aux kourganes comme témoins d'un passé lointain, qu'on a cherché à réprimer, pas toujours avec succès, les pillages. Le tsar crée une Kunstkamera (un cabinet de curiosités), l'Académie des sciences russe (1725). On date de la même époque la naissance de l'archéologie en Russie. De nombreuses expéditions sont lancées au-delà de l'Oural auxquelles participent des étrangers, particulièrement des Allemands.
L'impératrice Catherine II conquiert le sud de la Russie sur les Turcs et permet à son pays d'accéder aux rivages de la Mer Noire. Elle s'intéresse, comme tous les Européens de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, à l'Antiquité et crée un Cabinet des antiques où elle rassemble les oeuvres que lui procurent ses rabatteurs. Cet élan donné à la recherche trouve son accomplissement dans les découvertes faites dans la presqu'île de Kertch, en particulier celle de la sépulture d'un couple de Scythes hellénisés à Koul-Oba, qui donnait à voir pour la première fois, grâce aux objets représentant des humains, l'image de ces barbares tant redoutés (1830).
Les fouilles dans le sud de la Russie, c'est à dire dans le vaste espace dont avait parlé Hérodote, sur la foi de ses informateurs, sans en avoir une connaissance directe, ne commencent vraiment que dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Elles bénéficient des progrès accomplis dans les méthodes, du travail des conservateurs du Nouvel Ermitage achevé en 1851, de la création d'une commission impériale en charge des recherches sur le passé de l'histoire nationale. Les autorités exercent un contrôle strict sur les fouilles et les trouvailles importantes doivent être remises aux musées. Les fouilles qui se succèdent accroissent les connaissances et donnent lieu à des comptes rendus de caractère scientifique.
Leurs résultats permettent des comparaisons enrichissantes avec celles du passé : par exemple la parenté des personnages représentés sur la frise d'un vase en argent trouvé dans un kourgane géant situé près d'un affluent du Dniepr, avec les Scythes du kourgane de Koul-Oba était évidente. On organise des congrès archéologiques.
On doit les progrès décisifs à un savant venu tard à l'archéologie, Nicolas Ivanissovitch Vesselovski (1848-1918), pour qui l'archéologie est une science à part entière et pas seulement une auxiliaire de l'histoire, une simple "servante". Il fouille, à partir de 1912, des dizaines de kourganes et il découvre, en Ukraine, un kourgane géant, surnommé Solokha par les gens du pays, la tombe intacte d'un roi scythe nomade et met au jour le plus fabuleux trésor jamais imaginé.
L'attention que l'on porte à ces régions ne détourne pas certains savants de continuer de s'intéresser, pendant tout le XIXe siècle, à la Sibérie et en particulier à la région de Minoussinsk. Un contemporain de Vesselovski, Vassili Vassilievitch Radlov (1837-1918) mérite le titre de"père de l'archéologie sibérienne".
De l'ensemble des travaux menés en Russie et en Sibérie, se dégage la conviction de l'existence d'une identité culturelle des peuples de la steppe. Sous le régime soviétique, en 1919, Lénine remplace la Commission archéologique impériale par l'Académie russe d'histoire de la culture matérielle qui deviendra, en 1937, l'Institut d'archéologie de l'Académie des Sciences de l'URSS.
On continue de fouiller dans le sud de la Russie et en Sibérie. En 1924, on découvre dans l'Altaï oriental, à Pazyryk, un ensemble de tombes gelées. Les objets de valeur avaient disparu mais grâce aux conditions exceptionnelles de conservation on y trouva des objets périssables en bois, en cuir, des étoffes, les harnachements des chevaux sacrifiés pour accompagner le défunt dans sa vie d'outre-tombe. Ces harnachements confirmaient les représentations qu'en donnaient les objets trouvés dans des sites explorés en Russie méridionale ou figurant dans la collection sibérienne.
Après la guerre de 1939-45, les fouilles entreprises sur un très vaste espace, de l'Ukraine jusqu'aux extrémités du monde sibérien proche de la Mongolie et de la Chine ont renouvelé les connaissances sur les peuples de la steppe. La diffusion auprès du grand public en a été assurée grâce aux expositions itinérantes présentées dans le monde entier.


Les Scythes