Caractère de l'art des Scythes (et des nomades)

-Il est lié à leur genre de vie, le nomadisme, tel qu'il a été décrit. Ces peuples, qu'ils se déplacent sur de très grandes distances, au cours des migrations qui les ont conduits des confins de l'Asie jusque dans les plaines du sud de la Russie et en Asie Mineure ou dans un espace plus réduit quoique encore très vaste, ne possèdent pour tout bien que les troupeaux qu'ils poussent devant eux à la recherche de pâturages, leurs chevaux sur lesquels ils passent l'essentiel de leur vie (quand ils ne sont pas à cheval, les hommes passent une "vie au ras du sol", accroupis, agenouillés, selon Véronique Schiltz) et les chariots qui abritent femmes et enfants ainsi que les objets indispensables pour la vie quotidienne. Sauf pour ceux qui se sédentarisent (encore ne subsiste-t-il pas grand chose de leurs habitations) point de palais, point de monuments, point de temples. Seuls les grands tombeaux témoignent d'une architecture souterraine qu'ont mise au jour les campagnes de fouilles. Point de statuaire non plus, à l'exception des "babas de pierre" (baba=déformation par les Russes du mot turc balbal, qui signifie statue), qui se dressaient à proximité des kourganes. Si baba signifie bonne femme, cette appellation traditionnelle ne saurait masquer le fait qu'il s'agit en réalité de la représentation assez grossière de guerriers nomades, pourvus parfois de leurs attributs phalliques.
-Il est lié à l'environnement : ces hommes sont des chasseurs pour lesquels les différentes espèces de cervidés et les sangliers sont des proies privilégiées qui leur fournissent nourriture, peaux, cornes et ivoire des défenses. D'autres animaux sont recherchés pour leur fourrure.
Ils ont aussi à se défendre et à défendre leurs bêtes contre les fauves qui peuplaient ces régions, lions, panthères, tigres, loups, rapaces.
Une consultation du bestiaire montre une prédominance des chevaux, des bouquetins et des cerfs ainsi que, pour les carnassiers, des lions et lionnes, des panthères et des félins -les tigres étant moins nombreux-, des rapaces.
-Il est lié à leur activité d'éleveurs : les animaux domestiques, moutons, brebis, chevaux figurant parmi les trouvailles faites dans de grands kourganes épargnés, qui suscitent à juste titre notre admiration, n'abolissent pas la réalité : l'art des steppes est un art animalier où l'animal sauvage tient la plus grande place et est préféré à son descendant domestique. Cet art résulte sans doute d'un choix en même temps qu'il s'est imposé aux hommes, ne serait-ce que parce qu'il représente, en l'absence d'une unité linguistique, un langage commun aux peuples nomades.
La réalité n'est pas trahie mais, outre qu'elle peut être stylisée, elle est transformée par l'imagination au point d'offrir aux regards un monde éloigné du monde réel tout en demeurant tributaire de lui. D'où la représentation d'animaux composites, fantastiques, en nombre imposant, tels les panthères ailées, les griffons, les griffons-oiseaux, les félins ailés et cornus
Le voisinage des Grecs installés sur les rives de la Mer Noire, les échanges entre les peuples ont influencé la création des artistes et artisans scythes, les nomades sédentarisés établissant un lien avec les tribus restées nomades. Un art gréco-scythe s'est épanoui où la représentation humaine retrouve une place très importante.
Certains thèmes sont ignorés des artistes scythes ou n'apparaissent qu'exceptionnellement, alors qu'on les trouve chez les Sarmates par exemple : ce sont les motifs géométriques ou végétaux, qui ont une fonction décorative.


Les Scythes