Les objets créés

Ils sont liés aussi à leur genre de vie : objets utiles à la vie quotidienne, les chaudrons, la vaisselle (bols, écuelles en bois, outres et flacons de cuir, objets en argile renforcés de cuir), les pièces les plus fragiles ayant disparu du fait des hommes ou de l'usure du temps. Les pillards emportaient les objets précieux et négligeaient le reste mais ils cassaient et éparpillaient ce qui était périssable. Le mobilier est réduit au strict nécessaire. Ce qui subsiste provient des tumulus de Pazyryk, grâce aux conditions exceptionnelles de conservation : botte de femme en cuir et tissu, tapis d'habitation en laine, couvertures de selle en feutre et applications de feutre, poches en cuir ou en fourrure et cuir, tiges de roseau assemblées et peintes formant un bouclier léger, sarcophages en bois (parfois monoxyles), un chariot démontable en bois qu'accompagnaient des cygnes en feutre bourré de foin, une table en bois au plateau démontable qu'on dirait inventée par un designer contemporain, nombreux ornements en bois, une maquette de chariot couvert en argile trouvé à Kertch.
Les kourganes recelaient des objets en matériaux non périssables voire inaltérables : émail incrusté, ambre, pierres précieuses (turquoise, agate etc.), argent, bronze, or, le fer étant plus rare. Ce sont des objets de la vie quotidienne tels les chaudrons à pied unique (chez les Scythes) ou à trois pieds (chez les Saces) en bronze, dont nous avons déjà parlé, des coupes, des phiales que les hommes portaient à leur ceinture, des rhytons, des miroirs en bronze, des peignes en os et en or. Ce sont encore des pièces du harnachement des chevaux (mors, chanfrein), des attaches de vêtements masculins qui ont de plus une fonction ornementale, des appliques. On ajoutera les bijoux que portent les femmes, mais aussi parfois les hommes (bracelets, boucles d'oreille -une pour les hommes, deux pour les femmes- torques, pendentifs, diadèmes, bagues).
Parmi les matériaux inaltérables, l'or est le plus abondant, dans une très forte proportion. Viennent ensuite le bronze, bien représenté, et, à un degré moindre, l'argent, souvent doré ou recouvert de feuilles d'or (ce qui peut expliquer le propos d'Hérodote qui niait la présence de ce métal) ou la turquoise.
Il n'est guère d'objets qui ne soient décorés, même ceux d'un usage courant comme les couteaux et poignards. On constate que le type de représentation des animaux dépend de la forme et de la taille des objets Certains témoignent du goût du luxe. Par exemple la botte de femme trouvée à Pazyryk en cuir et tissu était décorée avec de l'or, de l'étain et des cristaux de pyrite.
Cela est particulièrement vrai de ceux en or qui nous sont parvenus. Pas seulement les bijoux mais le harnachement des chevaux, les armes des hommes (les épées et les fourreaux, les arcs et les carquois), des pièces d'orfèvrerie d'apparat ou d'un usage plus quotidien (gobelets).
Le nomade étant constamment en mouvement ne peut s'encombrer d'un mobilier qui le gênerait dans ses déplacements. La plupart des objets exhumés sont de petite taille voire de très petite taille, moins de deux centimètres. Les plus grands, les épées, les carquois dépassent cinquante centimètres ; une hache d'apparat mesurant même soixante-douze centimètres.
La représentation animale constitue la décoration habituelle. On constate que très souvent les animaux sont représentés en action, en accord avec la violence de ce monde : prédateurs : lions et lionnes, panthères, griffons attaquant ou mordant un animal pacifique (bouquetin, cerf, cheval, élan, sanglier). Le quadruple torque trouvé dans le kourgane de Tolstaïa Moguila (IVe siècle) montre dans son registre inférieur deux griffons attaquant un cheval, une lionne et un lion, un sanglier (ces scènes sont représentées, la première au centre, trois fois, les deux autres aux extrémités, deux fois. Dans cette symétrie, l'artiste a eu soin d'introduire une variété qui donne à chaque épisode sa singularité)
Les attitudes dans lesquelles sont représentés les animaux obéissent à des traditions : panthère ou autre carnassier (félin, loup) enroulés ou lovés, cervidé accroupi, ramassé sur lui-même.
Cette brève description ne rend compte qu'imparfaitement de l'infinie variété des représentations d'animaux, de l'esprit d'invention des artistes et en même temps de la permanence des représentations à plusieurs siècles de distance.
Certains objets intriguent depuis longtemps les chercheurs, qui s'interrogent sur leur fonction. Ce sont les surmonts (=éléments généralement en bronze qui étaient fichés à l'extrémité d'une hampe en bois ; il en existe aussi en bois et cuir et en argent). Tel d'entre eux a la forme d'une tête d'onagre aux oreilles dressées, tel autre présente sur un support en calotte un bouquetin dressé sur ses pattes (cette figure du bouquetin apparaît plusieurs fois), tel autre une tête de griffon, tel autre un cerf, tel autre un sanglier, tel autre un griffon, tel autre un monstre ailé dévorant sa proie, tel autre une déesse ailée. Certains à clochettes ou à grelot sont sonores.
Le plus complexe dans cette catégorie présente en son centre le dieu Papaïos surmonté d'un oiseau aux ailes déployées auxquelles sont accrochées plusieurs clochettes. Des clochettes sont également accrochées aux mains du dieu qui écarte les bras, ainsi qu'aux ailes déployées et aux becs de rapaces placés au sommet de supports sur lesquels figurent, présentés d'une manière très stylisée, des animaux difficilement identifiables (des onagres ?). Ces surmonts datent des VIIIe/VIIe siècles pour les plus anciens, du IVe pour les plus récents.
Parmi les nombreuses interprétations sur la fonction des surmonts, nous retiendrons celle présentée par V. Schiltz : "leur fonction première était celle d'un marquage de l'espace et de son appropriation à des fins rituelles" (V. Schiltz, Les Scythes)


Les Scythes