Diffusion de l'art des Scythes L'art des Scythes dans ses rapports avec l'art des autres nations

On a trouvé des témoignages de la production artistique des Scythes dans des régions éloignées de plusieurs milliers de kilomètres. En Allemagne, le trésor de Vettersfelde, sur l'Oder, en Hongrie, le contenu de deux sépultures importantes, s'ils n'attestent pas d'une installation durable ni même temporaire, témoignent d'une poussée de tribus scythes vers l'Ouest et le Nord-Ouest. Nombreuses aussi sont les traces laissées en Transylvanie, dans la Roumanie et la Bulgarie actuelles, à différentes époques. Vers l'Est, c'est avec le monde chinois (celui des Royaumes combattants, dans le cours du premier millénaire av. J.-C.) que les Nomades, qui ne sont pas nécessairement des Scythes mais des peuples apparentés, entretiennent des relations tumultueuses, tantôt hostiles tantôt pacifiées. Ce serait sortir de notre sujet (les Scythes voisins des Grecs, installés dans le sud de la Russie et de l'Ukraine) que de parler des Saces, des Sarmates, des Sauromates. Encore est-il utile de rappeler que ces peuples sont des Indo-Européens et qu'à défaut d'une langue commune, c'est par la création d'objets identiques, très proches les uns des autres par la thématique et le style, qu'ils manifestent leur unité culturelle et spirituelle.
Outre les Grecs, et bien avant eux, de nombreux peuples ont eu une influence sur l'art des Scythes du fait des contacts qu'ils ont eus avec eux au cours des siècles depuis les origines, du début du VIIe siècle jusqu'à la fin du IIIe siècle, qui marque le déclin de la culture scythe. Ainsi on a constaté des influences orientales, celles d'Ourartou et de l'Assyrie : dans un même objet, l'épée de Kélermès et son fourreau (elle doit son nom à la nécropole où elle a été découverte), on reconnaît des éléments décoratifs typiquement scythes (entre autres le cerf) associés à d'autres d'origine indubitablement orientale (êtres composites, homme-poisson), mais adaptés et perfectionnés. Les Scythes ne se contentent pas d'emprunter des formes, ils les assimilent et les transforment en les réinterprétant en fonction de leurs propres croyances. L'examen des objets qui constituent le "trésor de Ziwiyé" (site du Kurdistan au sud du lac d'Ourmiah) permet d'aboutir aux mêmes conclusions.
L'influence du monde oriental se fait aussi sentir dans le goût pour certains matériaux, l'or en particulier, et dans la façon de les travailler que les Scythes avaient dû apprendre. Dans leurs créations, on retrouve toutefois la marque de la technique mise en oeuvre par leurs artisans dans la manière de travailler l'os et le bois.
Bien des oeuvres se présentent comme des scènes de genre empruntées à la vie quotidienne et donnent lieu à une interprétation immédiate (scènes de combat, de chasse, de fraternisation, de dressage des chevaux, de travail d'une toison etc.) dont certains spécialistes ne se contentent pas. V. Schiltz, si elle admet que certaines hypothèses formulées ont un caractère aventureux, n'hésite pas à les présenter, y voyant des hypothèses de travail fécondes. Il ne saurait être question ici de les mentionner toutes. Nous nous contenterons (V. Schiltz, Les Scythes) de présenter l'explication de la scène centrale du pectoral de Tolstaïa Moguila. Son intérêt est qu'elle met en relation les conceptions des Scythes avec les croyances du monde iranien relatives au pouvoir royal qui se perpétuent dans l'Empire perse des Achéménides.


Les Scythes