Les Scythes : pour une appréhension plus juste

L'étude des peuples nomades d'Europe et d'Asie s'est considérablement développée au XXe siècle. La comparaison avec des dictionnaires du passé, même d'un passé peu éloigné, est très instructive. Quelques exemples suffisent pour illustrer notre propos.

L'article Scythes dans le Dictionnaire général de Biographie et d'Histoire etc. (auteurs- directeurs : Ch. Dezobry et Th. Bachelet quatrième édition revue Paris 1866) occupe deux colonnes et demie. Il est donc assez développé. L'auteur fonde son exposé sur les historiens anciens, Hérodote pour la période antérieure à 425 av. J.-C. dont il résume très partiellement le livre IV, laissant d'ailleurs de côté beaucoup d'informations qui nous paraissent d'un intérêt capital. Il raconte les conquêtes des Scythes, la guerre que leur fit Darius le Grand, il distingue, comme Hérodote, les peuples Scythes les uns des autres, ajoutant même à la liste un cinquième, celui des "Scythes déserteurs", appellation curieuse pour désigner des hommes qui avaient voulu échapper au joug d'un autre peuple, celui des Scythes royaux.
Il mentionne certaines coutumes qu'il déclare communes à tous les peuples barbares. Curieusement, il affirme que,"sur les sept peuples qu'Hérodote désigne comme étant proprement de race scythique, un seul est appelé nomade".
Pour l'histoire des Scythes après Hérodote, il s'appuie sur les oeuvres d'auteurs grecs et latins mais l'article, s'il mentionne quelques événements historiques, est constitué pour l'essentiel par une énumération des très nombreux peuples considérés comme Scythes ou apparentés aux Scythes. La part consacrée à la vie matérielle, à l'organisation politique des tribus, aux moeurs, aux coutumes, aux croyances, bref à tout ce qui nous intéresse dans la vie des peuples est très réduite, quasi nulle. L'auteur de l'article (par défiance envers Hérodote?) néglige tout ce qu'une lecture attentive nous apprend et il ignore tout des découvertes faites dans la Russie du Sud, en Ukraine et dans la Sibérie au cours du XVIIIe et du XIXe siècles, tout de l'art des steppes (cf. kourganes).

Le Grand Larousse encyclopédique en dix volumes,
édition de 1964, qui présente les articles sur trois colonnes (chacune de quarante cinq signes) résume à l'extrême l'histoire des Scythes, partage la population en nomades et agriculteurs, évoque en peu de mots les croyances et les coutumes. Il dit l'importance du rôle des Scythes dans la propagation de l'art des steppes et l'influence des colonies grecques sur leur art. Dans un si petit espace il ne peut dire plus mais, toutefois, en renvoyant à l'article steppes il permet à chacun d'enrichir ses connaissances.
Cet article traite le sujet du point de vue géographique et archéologique. Dans cette dernière partie, qui occupe un peu plus d'une colonne, le lecteur trouve cette fois des informations sur l'art des steppes (art animalier), sur ce qui distingue l'art sarmate de celui des Scythes, sur les grands kourganes de Pazyryk. S'il est quelque peu averti, il sera plongé dans la perplexité.
Le texte (cf. citation, plus bas) ne dit rien des kourganes de Russie et d'Ukraine ni de ce qu'on y a trouvé, des fameux trésors de la collection sibérienne de Pierre Ier et des trouvailles ultérieures abritées dans les grands musées russes. L'art des Scythes présentant un caractère iranien, le lecteur ne peut savoir ses caractéristiques que par déduction. Il est vrai qu'à cette date nulle exposition n'avait offert aux regards les oeuvres originales de ces peuples.

L'Histoire générale de l'Art
, ouvrage collectif, en deux volumes, publié chez Flammarion en 1950, traite en deux pages de L'art de la steppe et l'art perse, quelques lignes seulement concernent l'art scythe qui obéit aux tendances de l'art dit du Louristan, présenté comme celui des cavaliers nomades. C'est peu ! Il a cependant le mérite de faire mention de la richesse du musée de l'Ermitage.
Pour avoir une vision plus complète et cohérente de l'art des steppes, pour voir reconnue l'originalité de l'art des Scythes, il faut attendre, du moins chez nous, les trente dernières années du XXe siècle. Les grandes expositions jouent un rôle capital, les publications d'articles dans des revues à grande diffusion, les dictionnaires et encyclopédies, des ouvrages accessibles, la synthèse de V. Schiltz offrent la possibilité de connaître enfin les Scythes et leur culture.

TEXTES

La sauvagerie des Scythes

Leur domination fut signalée par d'effroyables violences, et les Mèdes ne se délivrèrent de ces sauvages conquérants qu'en les invitant à des festins et en profitant de leur ivresse pour les massacrer.

Dezobry et Bachelet, Dictionnaire

Coutumes des Scythes. Les Scythes, nomades ou sédentaires ?

On a voulu s'appuyer de quelques coutumes rapportées par Hérodote pour démontrer l'origine tartare des Scythes ; telles sont la vie nomade, l'adoration du dieu de la guerre sous la forme d'un sabre, l'usage de suspendre à la selle de leurs chevaux les chevelures des ennemis, de boire dans leur crâne orné en forme de coupe, de se faire des blessures volontaires à la mort de leur roi, sur la tombe duquel ils immolaient un grand nombre de ses serviteurs. Mais la vie nomade est plutôt le caractère distinctif des peuples qui entourent les Scythes que des Scolotes eux-mêmes (Scolotes, tel est le nom que se donnent les Scythes d'après Hérodote) : car sur les sept peuples qu'Hérodote désigne comme étant proprement de race scythique, un seul est appelé nomade ; les Callipides, les Alazons, les Scythes laboureurs et agriculteurs cultivent la terre. Quant aux coutumes, la plupart sont communes à tous les peuples barbares ou se retrouvent parmi d'autres populations aryennes, aussi bien que chez les peuples tartares-finnois.

Dezobry et Bachelet, Dictionnaire

L'art des Scythes. Il est présenté comme l'héritier de celui qui s'est épanoui en Ciscaucasie occidentale, en Ossétie du Nord.

Cette culture [...] essaime , au milieu du Ier millénaire, jusque sur la Volga, le Don et le Dniepr, et influence , dès le VIIe av. J.-C., l'art scythe.
En effet, à cette époque, sur les bords de la Mer Noire, des tribus scythes s'arrogent le pouvoir. Cette culture scythe (env. 700-200 av. J.-C.), avec des variantes locales, présente un caractère iranien auquel s'ajoutent des influences helléniques, prépondérantes à partir du Ve siècle.

Grand Larousse, Steppe

L'art des Scythes est opposé à celui des Sarmates, peuple qui a supplanté les Scythes à partir de 200 av. J.-C.. Au caractère décoratif de l'art des Sarmates est opposé celui, réaliste, des Scythes. L'art des Scythes n'est à aucun moment, étudié en lui-même mais toujours dans sa relation avec celui des autres peuples, dans sa dépendance par rapport aux autres peuples.


Les Scythes