CONCLUSION

Notre projet était d'aborder et de traiter, dans la mesure où cela était possible, l'histoire des Scythes qui ont habité dans les steppes du sud de l'Europe (Russie et Ukraine actuelles), l'attention du grand public ayant été attirée sur eux par les grandes expositions d'art du dernier quart du XXe siècle qui se sont tenues en France et dans de nombreux pays occidentaux.
Ce peuple était bien connu des Grecs, qui ont été si fréquemment en relation avec lui de par la proximité géographique, le mérite revenant à Hérodote, pour la période antérieure à 430 av. J.-C. d'avoir fourni une mine d'informations dont la science moderne a révélé la justesse, démentant les accusations de ses détracteurs.
Pendant plusieurs siècles encore les Scythes ont été mêlés aux événements historiques qui se sont déroulés dans la région de la mer Noire et de l'Asie Mineure, jusqu'à ce que l'arrivée d'autres peuples nomades (les Sarmates) les chasse de leur domaine et les relègue dans la région de l'embouchure du Danube. Sans pour autant que cela implique une disparition de ce peuple car, si on considère que la « culture scythe des steppes » (V. Schiltz) s'éteint au commencement du IIIe siècle av. J.-C., l'histoire des Scythes se prolonge jusqu'à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle ap. J.-C.
Ils ont été mêlés aux luttes que se livraient les peuples qui vivaient autour de la mer Noire. Il n'est pas sans intérêt de noter que plusieurs auteurs latins appellent parfois cette mer par référence aux Scythes : Scythicum fretum, Scytha Pontus. Scythica Diana désigne la Diane Taurique.
En racontant l'histoire des Scythes nous avons été amenés, quasi inévitablement, à nous intéresser d'une manière inégale aux autres peuples nomades qui, par vagues successives, sont partis des régions lointaines situées aux confins du monde chinois pour déferler sur l'Occident. C'était au risque de sortir de notre sujet mais ce risque était inévitable : il a existé une communauté de croyances, de moeurs et de coutumes, des affinités dans le domaine de l'art. Faire état de découvertes faites dans l'Altaï, c'est apporter un éclairage complémentaire sur le contenu des tombes scythes, donc sur les Scythes eux-mêmes.
Les Scythes, comme les nomades dans leur ensemble, ont joui d'une réputation parfois détestable auprès des autres peuples éloignés les uns des autres par des milliers de kilomètres, les Grecs et les Chinois. Chez les Grecs un mot résume tout : les Scythes sont des Barbares. Ils avaient, il est vrai, des moeurs très rudes, ils étaient d'une extrême violence à l`égard de leurs ennemis, ils étaient des êtres inhumains à l`image de leur pays : c'est chez eux que Prométhée est cloué sur son rocher (Eschyle, Prométhée enchaîné). Il n'en faut pas moins faire la part dans cette réputation de l'ethnocentrisme (V. Schiltz) qui consiste à ramener tout à soi et à juger en fonction de ses propres idées, de ses croyances et convictions, de ses moeurs etc. Cette réputation trouve son écho jusque dans la tragédie française au XVIIe siècle (Racine, Andromaque, Racine, Esther).
Les Scythes ne peuvent pas se défendre puisqu'ils n'ont pas laissé de témoignages écrits sur eux-mêmes mais les historiens contemporains proposent une autre vision de leur monde et de leur rôle dans l'histoire et de leur influence, en particulier dans le domaine de l'art. Aux yeux de Georges Dumézil, dans Romans de Scythie et d'alentour, les « Scythes sont appelés à jouer un rôle important de donneurs ou de transmetteurs ». Nous renvoyons sur ce point à un court chapitre intitulé L'héritage in Nomades des steppes Les Scythes VIIe-IIIe siècle av. J.-C. cité dans la bibliographie.
Plus que l'aspect négatif qui a si longtemps prévalu, nous retiendrons « l'empreinte ineffaçable » qu'ils ont laissée dans l'histoire de l'Eurasie.


Les Scythes