L'habillement et l'armement

Quand ils ne sont pas armés, les hommes portent un pantalon que recouvre jusqu'à mi-cuisse une sorte de caftan serré étroitement à la taille, des demi-bottes, sur la tête, quand elle n'est pas nue, un bonnet qui ressemble au bonnet phrygien, dressé droit. La chevelure peut être maintenue par un bandeau.
L'armement défensif des chefs est constitué d'une armure métallique protégeant les épaules et le corps jusqu'au-dessous de la taille ou jusqu'au haut des cuisses, d'un casque à visière ou non, en forme de bonnet, en fer ou en bronze, pourvu parfois de protège-joues et de protège-nuques, d'un bouclier lisse ou décoré de forme rectangulaire ou circulaire, pourvu d'une échancrure (pour permettre de voir l'adversaire ?). Cet armement que nous décrivons sommairement a évolué avec le temps : les Scythes ont emprunté aux Grecs beaucoup de pièces assurant une protection plus complète du corps entier (cnémides par exemple). Les cuirasses des simples soldats sont moins perfectionnées : elles sont faites d'une tunique en cuir épais renforcé par des plaques de fer. Cet armement était conçu de telle manière qu'il assurait la liberté de mouvement des combattants. Il pouvait être décoré.
L'armement offensif consiste en plusieurs pièces : lance longue de deux mètres, employée aussi pour la chasse, une des passions de ces hommes (Hérodote, Histoires), l'arc, arme essentielle, commune à tous les cavaliers nomades (Scythes, Parthes et plus tard Huns), qu'ils manient avec une habileté et une précision redoutable, haches de combat en fer, épées courtes de cinquante à soixante centimètres de long pouvant frapper d'estoc et de taille et de longs poignards pour le corps à corps.
L'arc assurait le combat à distance. Il en existait deux sortes : un arc court en forme de W, long de soixante à soixante-dix centimètres, un arc long d'un mètre. Ces arcs, fabriqués avec un grand soin au moyen de trois lattes de bois collées, autour desquelles s'enroulait en spirale une bande d'écorce, étaient enrichis d'ornements divers. La corde était en tendons ou en crin de cheval. Les flèches, rondes, en bois ou en roseau, mesuraient entre quarante-cinq et quatre-vingt-cinq centimètres. Les pointes étaient en bronze, en fer ou en os, barbelées, difficiles à extraire, nocives et mortelles par l'oxydation ou par un poison. Leur portée pouvait être de cinq cents mètres sans que cela nuise à la précision du tir.
Souvenons-nous que, selon la légende grecque, celui des trois frères, fils d'Héraclès et de la déesse scythe qui reçut le pouvoir royal fut celui qui fut capable de tendre l'arc d'Héraclès. Cette aptitude à bander un arc et à viser juste était l'épreuve dont il fallait triompher pour être accueilli parmi les guerriers (Hérodote, Histoires).
Les flèches seules étaient abritées dans un carquois. Pour transporter ensemble arc et flèches, les Scythes disposaient d'un étui à deux compartiments, en bois ou en cuir, le goryte.

Les Scythes se servent aussi d'une arme inattendue, le fouet. Inattendue ? Pas tellement pour ceux qui ont vu Indiana Jones. Ils s'en servent dans les combats contre des ennemis mais nous trouvons une description de l'usage qu'ils en font, chez Hérodote, dans le récit de ce qui se passe au retour des guerriers scythes dans leur pays après vingt-huit ans d'absence (Hérodote, Histoires).
Il est moins aisé de décrire les vêtements des femmes, peu représentées, comme nous l'avons déjà dit, dans les objets sur lesquels se fondent nos connaissances. Les oeuvres gréco-scythes nous instruisent surtout sur l'habillement des femmes grecques. Nous disposons cependant des données de l'archéologie sibérienne : à partir des restes trouvés dans la tombe gelée d'une prêtresse altaïque dont le corps avait été embaumé, les spécialistes ont reconstitué les traits, le costume et la coiffure de cette jeune femme morte à vingt-trois ans environ, d'une taille supérieure à la moyenne pour l'époque (1,70 m), de type européen avec quelques traits mongoloïdes. Il s'agit d'un personnage d'un statut social important revêtu "d'un ensemble de vêtements à la fois funéraires et d'apparat" (Natalia Polosmak, La prêtresse altaïque). D'une manière générale, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes, les témoignages concernent des personnages de l'élite ou de l'aristocratie.
Un trait commun aux hommes et aux femmes est le goût pour les parures, les ornements, les bijoux. Les vêtements et les armes défensives et offensives des hommes sont richement décorés de revêtements en or où sont représentés des animaux, des scènes de combats, et de bractées (=appliques en métal, voire en or, fixées sur un tissu). Les hommes comme les femmes portent des torques, des bracelets, des pendentifs, des boucles d'oreille, des anneaux, des colliers de perles de verre, de pierres semi-précieuses. Les Scythes prêtaient à certains objets un pouvoir magique : par exemple les miroirs des femmes en bronze ou revêtus de plaques d'or, que l'on trouve fréquemment dans les tombes ou des coquillages, les cauris, dont ils faisaient des colliers ou qu'ils rassemblaient dans des sachets et portaient en guise d'amulettes.
Les hommes, qui passaient leur vie à cheval pour surveiller leurs troupeaux, chasser ou faire la guerre décoraient aussi les pièces du harnachement, aussi bien celles qui servent à la conduite de l'animal qu'à sa protection dans les combats (ornements en bronze, en bois, en argent, en or).
N.B. Les cauris marins, qui sont des coquillages univalves du groupe des porcelaines, jouent un rôle dans d'autres civilisations : on en a retrouvé des milliers dans des fosses funéraires découvertes au Sichuan, en Chine. Ces fosses remontent au XIIe siècle avant notre ère, époque du bronze. Ces coquillages présentent un aspect luisant et poli, ils ont des couleurs vives. En Chine méridionale et en Chine de l'Ouest (Sichuan) on les conservait dans des vases en bronze. En Afrique et en Asie, ils ont servi de monnaie.



Les Scythes