Ovide chez les Scythes

La Scythie vue par le poète latin Ovide, exilé sur les rives du Pont Euxin à l'embouchure du Danube : un pays horrible peuplé de Barbares inhumains. Début du Ier siècle après Jésus Christ.

[...] Je vis en pleine Barbarie. Les Sarmates m'entourent, race féroce, et les Besses et les Gètes qui ne méritent pas que je les nomme ! Pourtant tant que le vent est tiède, nous en sommes défendus par le rempart de l'Hister(=le Danube) ; de ses eaux fluides, il repousse la guerre. Mais lorsque le triste hiver a montré son visage horrible et que la terre blanchit sous le gel marmoréen, tandis que Borée(=le vent glacé du nord-est ) et la neige se préparent à rester au-dessous de l'Ourse, alors il est évident que ces races sont pressées par le pôle frissonnant. La neige reste étendue, et cette étendue ne cède ni au soleil ni aux pluies ; Borée la durcit et la rend perpétuelle. La première n'est pas encore fondue qu'une seconde arrive et dans nombre d'endroits elle reste deux ans. L'Aquilon impétueux souffle avec tant de violence qu'il jette par terre les tours élevées et qu'il emporte les toits arrachés. Les gens se défendent des froids rigoureux avec des peaux et des braies mal cousues, de tout leur corps ne laissant voir que leur visage. Plus d'une fois leurs cheveux où s'accrochent des glaçons, tintent, quand ils les secouent, et leur barbe brille blanche sous le gel qui les recouvre. [...]Que dirais- des ruisseaux enchaînés par le froid qui les condense et des eaux que l'on retire en les brisant dans les lacs ? [l'Hister lui-même gèle] : là où passèrent des navires on va maintenant à pied, et le sabot du cheval frappe les eaux condensées par le froid ; ainsi sur ces ponts nouveaux, au-dessous desquels s'écoulent les eaux, les boeufs sarmates conduisent de barbares chariots. (Ovide demande qu'on ajoute foi à son témoignage et dit les vaisseaux bloqués par les glaces, les poissons "attachés à la glace") [... ] Aussitôt que l'Hister est aplani par les Aquilons qui le sèchent, c'est l'invasion des ennemis barbares montés sur des chevaux rapides ; ces ennemis puissants par leur chevaux et par leurs traits qui s'envolent au loin, dévastent largement les terres des voisins. ces voisins fuient, nul ne défend leurs champs, ils laissent au pillage leurs ressources que nul ne garde, pauvres ressources de campagne, du bétail et des chariots grinçants, et ces richesses que possède le pauvre cultivateur. Les uns sont poussés prisonniers, les bras enchaînés derrière le dos, se retournant pour regarder en vain leurs campagnes et leurs demeures ; les autres tombent percés de misérable manière par des flèches à crochet, car un poison enduit le fer qui vole. Ce qu'ils ne peuvent emporter ou traîner avec eux est perdu ; la flamme de l'ennemi brûle leurs chaumières innocentes.
Maintenant aussi, même en temps de paix, ils tremblent dans la peur de la guerre et nul ne laboure le sol en s'appuyant sur le soc ; ce pays voit ou craint de voir l'ennemi qu'il ne voit pas, et la terre reste inerte dans un abandon qui la durcit. Le doux raisin ne s'y dérobe pas sous l'ombre de ses pampres et les moûts bouillonnants ne comblent pas les cuves profondes. Le pays refuse des fruits. Acontius [...] ne verrait que des champs dépouillés, sans feuillages et sans arbres, lieux, hélas! où ne devrait pas venir un homme heureux. Voilà donc, alors que le globe immense s'étend au loin si longuement, le pays que l'on a trouvé pour mon supplice.

Ovide, Les Tristes III élégie dixième Traduction, légèrement retouchée, d'Emile Ripert. Garnier éditeur.


Les Scythes