Le pays des Scythes vu par Hérodote.

Nous avons largement utilisé déjà le récit d'Hérodote. Nous nous contenterons de citer quelques textes complémentaires.

Limites à l'Ouest

La Thrace se développe, du côté de la mer, en avant de la Scythie ; là où, en cette région, un golfe se dessine, la Scythie lui fait suite et l'Istros y débouche, son cours inférieur tourné face à l'Euros (=vent d'Est Sud-Est).

Hérodote, Histoires, IV, 99

Limites au Sud

À l'Istros commence cette Scythie littorale (expression obscure dont le sens est discuté), qui regarde le Midi et le Notos ; elle s'étend jusqu'à la ville appelée Carkinitis (= ?) ; à partir de cette ville et aboutissant à la même mer, le pays montagneux qui avance dans le Pont est habité par le peuple des Taures, jusqu'à la Chersonèse dite Trachée (=la presqu'île de Kertch), laquelle touche à la mer située du côté du vent d'Est. La Scythie est en effet limitée, comme l'Attique, de deux côtés par la mer, mer du côté du Midi, mer du côté de l'aurore [...] À partir de la Tauride, tant au-dessus des Taures que du côté de la mer orientale, habitent des Scythes (=ceux qu'on appelle les Scythes royaux), à l'Ouest du Bosphore Cimmérien et du Palus Maiotis jusqu'au fleuve Tanaïs, qui débouche au fond de ce Palus.

Hérodote, Histoires, IV, 99-100 passim

Limites au Nord

Si on s'enfonce dans les terres au Nord des peuples qui habitent au-dessus de ce pays (il s'agit, selon une des légendes, du royaume où l'or sacré est conservé) , on ne peut plus continuer, disent les Scythes, à voir ni à circuler à cause des plumes qui y sont répandues ; la terre en est couverte, l'air en est plein ; et ce sont elles qui interceptent la vue.

Hérodote, Histoires, IV, 7

Ces plumes sont des flocons de neige

Quant aux plumes dont, à ce que disent les Scythes, l'air serait rempli et qui rendraient impossible de voir et de circuler dans les parties les plus reculées du continent, voici ce que j'en pense. Au-dessus des pays dont il a été question, il neige constamment, - moins en été qu'en hiver, comme il est naturel ; quiconque a vu une neige drue sait ce que je veux dire ; car les flocons de neige ressemblent à des plumes ; et c'est parce que l'hiver y est tel, que les parties septentrionales de ce continent sont inhabitées. Lors donc que les Scythes et ceux qui habitent autour d'eux parlent de plumes, ils parlent, je crois, sous forme imagée, de la neige.

Hérodote, Histoires, IV, 31

Le climat des pays voisins des Scythes et celui qui règne en Scythie même sont très rigoureux.

L'hiver, dans tous les pays que nous avons énumérés, est tellement rigoureux, que, pendant huit mois de l'année, il y fait un froid insupportable ; si, pendant ce temps-là, vous versez de l'eau sur le sol, il ne se formera pas de boue ; mais, si vous allumez du feu, il s'en formera ; la mer gèle, et le Bosphore Cimmérien en entier, de sorte que les Scythes établis en dehors du fossé passent en masse sur la glace et y conduisent leurs chariots pour aller dans le pays des Sindes. Tel est, d'une façon continue, l'hiver pendant les huit mois ; et, pendant quatre mois restants, il ne fait pas chaud dans le pays. Cet hiver a un caractère différent de celui des hivers de tous les autres lieux ; ce qu'il tombe de pluie pendant sa durée, à l'époque où il pleut d'ordinaire, ne vaut pas qu'on en parle, tandis qu'en été il ne cesse de pleuvoir. Le tonnerre, en Scythie, ne se fait pas entendre aux saisons où on l'entend ailleurs, mais en été il tonne fortement ; s'il tonne en hiver, on s'en étonne comme d'un prodige.

Hérodote, Histoires, IV, 28


Le pays des Scythes