Alexandre et les Scythes

(Alexandre, ayant créé en quelques jours une nouvelle Alexandrie (l'actuelle Chodchent) près du Tanaïs),
le roi des Scythes, dont l'empire partait alors de la rive ultérieure du Tanaïs, estima que la ville fondée par les Macédoniens au bord du fleuve était un joug sur sa nuque ; il envoya donc son frère appelé Carthasis, à la tête de nombreux cavaliers avec mission de la détruire et de repousser loin du fleuve les forces macédoniennes [...].Au moment d'engager la guerre contre un peuple, qu'il était le premier à attaquer sans préparation, ayant à portée de vue l'ennemi qui passait à cheval, Alexandre, encore malade de sa blessure, et surtout peu capable de se faire entendre [...] réunit ses amis en conseil.
(Au cours de ce conseil, il fait part de sa décision de faire la guerre aux Scythes)
"Le danger m'a surpris, dit-il, à un moment meilleur pour l'ennemi que pour moi ; mais la nécessité prime le calcul, surtout à la guerre où il est rare qu'on ait l'occasion de choisir son moment. Les Bactriens, dont la nuque plie sous notre poids, ont fait défection, attendant d'une lutte où ils ne sont pas mêlés la révélation de ce que nous valons. Notre sort est clair. Si nous ne réagissons pas à l'offensive des Scythes, les rebelles nous mépriseront quand nous nous retournerons contre eux. Mais si nous passons le Tanaïs et, par le massacre et le sang des Scythes, révélons que partout, nous sommes invincibles, qui hésitera à nous obéir, une fois victorieux de l'Europe aussi ? [...] Par Hercule, pour peu que nous hésitions, nous aurons les Scythes à nos trousses.
(Ses amis essaient en vain de dissuader le roi de se lancer dans cette aventure. Un événement malheureux, l'anéantissement, dans une embuscade, d'une colonne macédonienne envoyée pour assiéger une ville barbare, ne le détourne pas non plus de son projet, dont il prépare l'exécution avec célérité. Une ambassade scythe retarde encore l'événement. Après l'avoir renvoyée, Alexandre franchit le fleuve et remporte un victoire complète, victoire qui impressionne fort les autres peuples. Notons cependant que, aux dires d'Alexandre lui-même,
elle ne détruit pas la puissance des Scythes ("Et puis il n'est encore arrivé qu'une armée de ce peuple : on en attend d'autres" (VII, VII, 17)

Quinte-Curce, Histoires (Histoire d'Alexandre), VII, VII et VIII passim


L'histoire des Scythes