Les raisons de l'émigration

Paul Faure s'interroge sur les raisons qu'ont pu avoir les Grecs de la Grèce continentale mais aussi ceux de l'Asie Mineure, qui entretenaient de très bonnes relations " avec les souverains du plateau central" de partir pour aborder souvent dans des régions inhospitalières.
Pour la Grèce continentale les causes sont bien connues. Elles ont été recensées par les historiens et philosophes grecs, Hérodote, Thucydide, Platon, Aristote.

Tous ceux que le manque de ressources dispose et destine à suivre des meneurs pour s'emparer des biens des possédants, ces prolétaires constituent une sorte de mal intérieur de la cité. Pour s'en débarrasser sous un beau nom, on crée ce qu'on appelle une colonie. C'est la forme la plus bénigne d'expulsion.

Platon, Lois, 735e-736a

(Il ajoute) On connaît, en effet, des cas de discordes, voire de guerres civiles, qui se sont soldées par des déportations, des transferts de population. Mais le mal avait à l'époque archaïque des racines que le texte laisse facilement entrevoir : la surpopulation, le manque de terre (sténochoria), le morcellement des champs cultivables entre tous les héritiers, la disette, l'entassement dans les villes. La guerre ne suffisant pas à enrayer l'accroissement démographique, il fallait bien que le trop-plein de la population se déversât sur les espaces libres.

Paul Faure, La Vie quotidienne des colons grecs, de la Mer Noire à l'Atlantique au siècle de Pythagore VIe siècle avant J.-C.

Il distingue trois raisons objectives

I) Trafiquer avec les "barbares", autrement dit obtenir du blé, de l'or ou de l'étain, des femmes ou des esclaves, contre des cruches de vin grec, des flacons de parfum, de la pacotille
[...]. En fait il s'agit non de vendre, mais de prendre aux meilleures conditions [...].

2) Conquérir de nouvelles terres à blé c'est à dire soumettre par la force des armes, autant que par les outils de l'arpenteur ou du laboureur, un plus vaste espace, contrôler et helléniser les populations qui l'occupaient ou le parcouraient [...].

3) Se multiplier, c'est à dire avoir des enfants sans doute, et sur la terre beaucoup de troupeaux, mais aussi faire foisonner les constructions des hommes, les maisons, les temples, les points d'appui, les observatoires. L'excès des naissances, considéré dans la cité-mère comme un danger ou un fléau, devenait en terre libre un besoin, une nécessité ; il permettait à la colonie de s'affirmer, de s'imposer. Un grand capital d'enfants était comme une garantie d'avenir. Il permettait même à la colonie d'essaimer à son tour au-delà de ses frontières.

Paul Faure distingue "trois types de colonies grecques, trois types d'espaces coloniaux : les comptoirs et les cités de commerce, les implantations à vocation essentiellement agricole, les installations de peuplement". Une colonie pouvait participer des trois à la fois.
Pour lui, aux causes matérielles de départ s'ajoutent, constance à travers les siècles de l'émigration des Grecs, des causes psychologiques : désir de s'enrichir, de vivre mieux, de "respirer un air plus libre, de rejoindre des membres de sa famille", "goût inné de l'aventure et du risque, cupidité, désir de s'instruire et de voir d'autres hommes et d'autres pays.


Paul Faure, ouvrage cité


Les Scythes et les colonies grecques du Pont Euxin