Après les funérailles.

À la suite des funérailles, les Scythes se purifient de cette manière. Ils se frottent la tête avec un onguent, qu'ils enlèvent par un lavage ; et voici pour le corps. Ils dressent trois perches
inclinées l'une vers l'autre, étendent dessus, tout autour, des couvertures de laine foulée, qu'ils font se rejoindre le plus hermétiquement possible ; puis, dans un vase placé au milieu des perches et des couvertures, ils jettent des pierres rougies au feu. Il pousse chez eux du chanvre, qui ressemble tout à fait au lin, sauf pour la grosseur et la hauteur ; car, à ce point de vue, le chanvre l'emporte de beaucoup ; ce chanvre poussé de lui-même ou semé. Les Thraces s'en font aussi des vêtements tout pareils aux vêtements de lin ; qui n'en aurait pas la grande expérience ne distinguerait pas s'ils sont de lin ou de chanvre ; et qui n'a pas encore vu la toile de chanvre croira que le vêtement est de lin. De ce chanvre, donc, les Scythes prennent la graine ; ils s'introduisent sous les couvertures, et jettent cette graine sur les pierres rougies au feu ; et à mesure qu'on l'y jette, elle dégage une fumée odorante, et produit une telle vapeur, qu'aucune étuve de Grèce ne saurait avoir plus de force ne saurait avoir plus de force ; charmés d'être ainsi étuvés, les Scythes poussent des hurlements. Cela leur tient lieu de bain ; car ils ne se lavent pas du tout avec de l'eau. Leurs femmes râpent sur une pierre rugueuse, en y versant de l'eau, du bois de cyprès, de cèdre, d'arbre à encens ; et elles s'appliquent ce qu'elles râpent, formant une pâte épaisse, sur tout le corps et sur la face ; cette pâte leur donne une odeur agréable qui s'attache à elles ; et, lorsqu'elles l'enlèvent le lendemain, leur peau est nette et brillante.

Hérodote, Histoires, IV, 73-75

N.B. On remarquera qu'Hérodote ne s'en tient pas à la purification du corps après les obsèques. Il donne en effet des détails complémentaires sur les vêtements ( vêtements de chanvre analogues aux vêtements de lin) et, pour les femmes, sur des soins de toilette tout à fait semblables à ceux de notre époque (application de masques de beauté). Dans une note la traductrice de l'édition de la Pléiade ajoute que "ce cataplasme séchant sur le visage et le corps pendant 24 heures devait, plus qu'un nettoyage, être tonifiant et balsamique".
D'autre part, par la fumigation les Scythes recherchaient à se mettre dans un état second (ivresse ou délire) qui serait un acte de sorcellerie selon certains lié aux funérailles. Il s'agirait de "conduire l'âme du défunt dans le royaume des morts, d'où il n'inquiéterait plus les vivants." Ces hurlements seraient "des incantations et vociférations, auxquelles on attribuait une vertu magique" (note de l'édition Budé ; La Pléiade renvoie à un ouvrage de Mircéa Eliade,
Le chamanisme).


Les rites funéraires