Validité du récit d'Hérodote

Dans cette tentative de reconstitution de ce que pouvaient être, dans l'Antiquité, les funérailles des chefs nomades, nous sommes puissamment confortés par le témoignage d'Hérodote. Abordant de front, sur le mode descriptif et avec un remarquable souci de précision, la pratique nomade en matière funéraire, l'historien met en scène les acteurs de ces funérailles et nous fournit, dans un passage célèbre du quatrième livre des Histoires, le film détaillé des événements. Certes la réalité dont il rend compte est celle de son époque, le milieu du Ve siècle avant J.-C., et concerne ceux des nomades avec lesquels les Grecs étaient en contact, les Scythes de l'ouest de la steppe. Pourtant, si précisément inscrites qu'elles soient dans le temps et l'espace, les indications d'Hérodote, restent remarquablement valides pour des tombes beaucoup plus lointaines et beaucoup plus tardives, ou encore nettement antérieures. Ainsi les sépultures de Pazyryk ou le grand kourgane de Tolstaïa Moguila, mais aussi des premières tombes du Kouban constituent des illustrations directes du témoignage de l'historien. Il est vrai que la persistance des coutumes funéraires est telle dans la steppe que Marco Polo et Rubrouk au XIIIe sièce, et après eux Ibn Battuta au XIVe, décrivant à leur tour les funérailles des grands khans, recoupent sur bien des points le tout premier des chroniqueurs.

Véronique Schiltz, Les Scythes

N.B. Tolstaïa Moguila : kourgane situé à l'est du Dniestr et à l'ouest du Dniepr.Il fait partie d'une chaîne de kourganes.

Kouban : région de la Russie qui doit son nom au fleuve qui la traverse, à l'est de la
Mer d'Azov.


Les rites funéraires