journal de Messerschmidt

De hauts fonctionnaires, tel le gouverneur Gagarine que le tsar avait chargé de lui envoyer des objets sibériens, ont accaparé une partie des trouvailles qui auraient dû être réservées au tsar. Gagarine fut destitué de ses fonctions, jugé et condamné. Malgré les peines sévères décrétées par Pierre Ier à l'égard des pilleurs de tombes, une grande partie des pièces ne sont pas remises aux autorités impériales, les voleurs corrompant les responsables de l'administration à tous les échelons de la hiérarchie.

Nombreux sont les témoignages d'étrangers ayant vécu longtemps en Russie qui confirment les prélèvements des autorités sur le produit des fouilles. Un Allemand, Messerschmidt, à qui on doit la première recherche pour "savoir de quelle façon ces païens construisaient autrefois leurs tombes", acte fondateur de l'archéologie en Russie, selon V. Schiltz, nous renseigne aussi, dans son journal, sur l'activité des autochtones dans les fouilles.

Dans ce village (situé sur l'Ob), il y a environ 150 habitants ; ils pratiquent la culture du blé et la vente des fourrures. Mais surtout ils gagnent beaucoup d'argent en fouillant dans les steppes. Ils partent avec les dernières glaces à vingt ou trente jours de traîneau dans la steppe. Il en vient de tous les villages environnants, au nombre de 200 ou 300 hommes et plus, et ils se répartissent en équipes, gagnant les lieux où ils comptent trouver quelque chose. Puis ces équipes se séparent dans différentes directions, mais de façon à rester en contact les unes avec les autres et à être en mesure de se défendre dans le cas où il surviendrait des kalmouks ou des cosaques ; il n'est pas rare qu'ils aient à se battre et parfois à payer de leur vie. En explorant ainsi les tertres au-dessus des tombes des païens, ils fouillent, à vrai dire, parfois en vain et ne trouvent que divers objets de fer et de cuivre qui paient bien mal leur peine, mais il leur arrive de trouver dans ces tombes une grande quantité d'objets d'or et d'argent, par cinq, six et sept livres, avec des éléments de harnachement, des ornements de cuirasse, des idoles et autres objets.

Messerschmidt, Journal, (25 mars 1721), in V. Schiltz, op. cit.


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