Explication de la scène centrale du pectoral de Tolstaïa Moguila

Reste à expliquer la scène centrale, celle des deux Scythes qui s'affairent, torse nu, autour d'une tunique en peau de mouton retournée et dont l'un tient à la main une alène enfilée. Au premier abord, elle nous paraît totalement opaque [...] <et> nous laisse dans l'embarras. Hérodote et les auteurs anciens ne sont pas, cette fois-ci, d'un quelconque secours et aucune autre image ne vient, ne serait-ce qu'obliquement, éclairer celle-ci. Au moins peut-on tenter d'esquisser quelques rapprochements. Constater que l'image, ici exactement centrale, de la toison est très souvent associée par les mythologies à l'idée de richesse et de fécondité. Se souvenir que dans la tradition iranienne telle qu'elle apparaît dans le Livre des rois de Firtoussi, le héros royal et civilisateur apprend aux hommes l'élevage, mais aussi comment se vêtir en travaillant la peau. Noter que les deux personnages ont auprès d'eux des arcs, dans des carquois à l'évidence richement décorés, et que l'un d'entre eux est porteur d'un bandeau qui pourrait le désigner comme chef. Bref, que tout nous ramène aux notions de richesse, de pouvoir civilisateur, de royauté. Alors la scène s'éclaire et prend tout son sens à la place qui est la sienne : le centre de la composition. Le roi assure l'ordre du monde. Aux oppositions définies s'ajoute celle, complémentaire, entre nature et culture ; une opposition que résout le héros civilisateur incarnant la fonction royale. Ainsi l'ensemble de la représentation propose un " modèle du monde" complet, tout à la fois cosmogonique et politique.
Comme dans le monde iranien sédentaire, comme à Persépolis, tout converge vers le roi, clef de voûte de l'édifice cosmique et social. On a, ici aussi, affaire à un art de cour et à l'affirmation insistante de la légitimité du pouvoir.

V. Schiltz, Les Scythes, op.cit.


Quelle place tiennent l'homme et la femme dans cet art ?