Comment nous gaspillons notre vie


Tu me demandes peut-être qui j'appelle gens occupés ? [...] Tu les appelles oisifs ceux qui passent de longues heures chez le coiffeur, où l'on détache ce qui a poussé la nuit précédente, où l'on délibère sur chaque cheveu, où l'on remet en ordre la coiffure ébouriffée, où l'on ramène sur le front des mèches éparses ? Quelle colère si le barbier a été un peu trop négligent, croyant raser un homme ! Quelle rougeur d'indignation, si l'on a coupé un peu de leur crinière, si quelque détail n'est pas bien en ordre, si tout ne retombe pas en boucles égales ! En est-il un qui ne préférerait le bouleversement de l'Etat à celui de sa chevelure ? Lequel n'est pas plus inquiet pour l'ornement que pour le salut de sa tête ? Qui n'aime pas mieux être bien peigné que vertueux ? Tu les appelles oisifs ceux qui passent leur temps entre le peigne et le miroir ?

Sénèque, De Breuitate uitae, XII, 1 ; 3


L'œuvre de Sénèque