Ton premier devoir, le voici, mon cher Lucilius : fais l'apprentissage
de la joie. [...] Je veux qu'elle foisonne en ton logis. Elle
foisonnera à condition d'être au dedans de toi-même.
Quand la gaieté est d'une autre origine [...], elle est
frivole, à moins que tu n'estimes que le rire est preuve
de joie. [...] Crois-moi, la véritable joie est chose sévère.
Ou bien t'imaginerais-tu que quelqu'un puisse avoir le visage
épanoui [...] pour mépriser la mort, recevoir la
pauvreté sous son toit, tenir en bride les instincts voluptueux,
s'exercer à endurer les souffrances ? Celui qui retourne
en lui ces pensées est dans une grande joie, mais peu avenante.
Je veux te voir en possession d'une telle joie. [...]
Je t'en conjure, prends le parti qui peut seul garantir le bonheur.
Disperse, foule aux pieds les splendeurs du dehors, les promesses
de celui-ci, les profits à tirer de celui-là ; tourne
ton regard vers le bien véritable ; sois heureux de ton
propre fonds.
Sénèque, Lettres à Lucilius, III, 23, 3-6 (traduction modifiée)