L'influence du philosophe Attale


Quand <Attale> commençait à vanter la pauvreté et à montrer combien tout ce qui dépassait le besoin pesait inutilement et lourdement sur celui qui supportait ce poids, on avait souvent plaisir à sortir pauvre de l'école. Quand il commençait à stigmatiser nos plaisirs, à faire l'éloge d'un corps qui reste chaste, d'une table sobre, d'un esprit débarrassé des plaisirs non seulement illicites mais aussi inutiles, on trouvait plaisir à limiter sa gourmandise et sa voracité. Il m'en est resté quelque chose, Lucilius, jusqu'à maintenant. [...] Depuis ce temps, j'ai renoncé pour toute ma vie aux huîtres et aux bolets.[...]. Pour toute la vie je m'abstiens, depuis ce temps, de parfum parce que la meilleure odeur pour le corps est de n'en pas avoir. Depuis ce temps, mon estomac s'abstient de vin ; depuis ce temps, pour toute la vie j'ai fui le bain chaud : faire cuire un corps et le vider, à force de suer, j'ai toujours cru que c'était aussi inutile que voluptueux. D'autres habitudes, que j'avais rejetées, sont revenues mais, là où j'ai interrompu l'abstinence, je garde la mesure, une mesure assez proche de l'abstinence, peut-être même plus difficile que l'abstinence, car retrancher certaines habitudes est plus facile que de les modérer.

Sénèque Lettres à Lucilius, 1O8 (traduction E. Girard)


La vie de Sénèque