La mort de Sénèque


(Un centurion a apporté à Sénèque l'ordre de se tuer ; ses esclaves pleurent)

Sénèque leur parle d'abord simplement puis, d'un ton plus sévère, les gourmande et les rappelle à la fermeté. [...] "Car, enfin, qui donc ne connaissait pas la cruauté de Néron ? Il ne restait au meurtrier de sa mère et de son frère que d'ordonner aussi la mort de l'homme qui l'avait élevé et instruit."
Après ces exhortations[...] il serre sa femme dans ses bras ; [...] il la prie instamment de modérer sa douleur et de ne point se charger d'un chagrin éternel, mais de chercher plutôt dans la contemplation d'une vie donnée tout entière à la vertu d'honorables consolations à la perte d'un mari. Mais Pauline assure qu'elle aussi est décidée à mourir. [...]
Alors Sénèque ne s'opposa pas à sa gloire. [...] "Je t'avais montré", dit-il, "les charmes de la vie ; tu préfères l'honneur de la mort ; je ne serai pas jaloux d'un tel exemple. Si, dans un trépas à ce point courageux, nous allons montrer l'un et l'autre la même constance, c'est ta fin qui aura le plus d'éclat." Ensuite du même coup ils s'ouvrent avec le fer les veines du bras..

Tacite, Annales, XV, 62-63


La vie de Sénèque