Son oeuvre


Les ouvrages de Sénèque sont de genres très divers : poésies, discours, traités scientifiques, tragédies, ouvrages philosophiques. Ses poésies et ses discours ne nous sont pas parvenus ; de son oeuvre scientifique ne restent que sept livres des Questions Naturelles. Nous possédons donc, sous son nom, des tragédies et une grande partie de son oeuvre philosophique.

Les tragédies :

Elles sont imitées surtout d'Euripide : Hercule furieux, Les Troyennes, (Sénèque, Les Troyennes) Médée, Phèdre ; elles se caractérisent essentiellement par la description d'une passion arrivée déjà à son paroxysme et s'analysant avec force. (Sénèque, Médée) On trouve dans ces pièces beaucoup de stoïcisme, certes, mais souvent exprimé de façon oratoire et parfois même outrancière ; l'éclat et parfois l'enflure du style, le caractère pathétique des situations sont les marques propres à ce théâtre. (Sénèque, Médée)

Les oeuvres philosophiques :

Elles comportent :

Malgré les apparences, Sénèque n'a pas de système philosophique précis ; la dialectique n'est pas son fort et ses ouvrages, les traités comme les dialogues, sont tous très mal composés. De plus, on n'est jamais dépaysé en passant d'un traité à l'autre car on retrouve à peu près toujours les mêmes développements ; à l'appui de ces développements, Sénèque va chercher son bien dans le stoïcisme, bien sûr, mais aussi dans l'épicurisme ; il ne cherche à résoudre aucun problème métaphysique ; seules la morale et son efficacité dans la vie quotidienne l'intéressent. Théoriquement on doit viser au souverain bien, c'est-à-dire la vertu (idée stoïcienne) (Sénèque, De Vita beata) ; cependant, point d'intransigeance (Sénèque, De Vita beata) : dans la pratique, il faut se plier aux nécessités de la vie, sans en être esclave, en créant en soi la paix de l'âme, en s'élevant au-dessus des événements. Cependant Sénèque n'oublie jamais les problèmes de société : le De Beneficiis souligne le problème des rapports entre l'aristocratie et sa clientèle ; (Sénèque, De Beneficiis) le De Clementia, celui des rapports entre le prince et ses sujets (la notion de justice doit être compensée par la clémence). (Sénèque, De Clementia)

Mais le triomphe de Sénèque réside dans son rôle de directeur de conscience. Déjà dans les Dialogues (où souvent l'interlocuteur fictif cache l'absence de problématique) l'argumentation prend la plupart du temps l'allure d'une diatribe où le prédicateur interpelle son auditeur et le conduit vers un certain but : le sage est comparé à un lutteur bien exercé qui parvient à terrasser la fortune. Ainsi dans le De Tranquillitate animi, Sénèque conseille à son interlocuteur de dépasser ses incertitudes, son ennui de vivre pour arriver à un équilibre serein, au besoin en se dépensant pour le bien de l'État. (Sénèque, De Tranquillitate animi) En revanche, dans le De Breuitate uitae, il stigmatise, en bon stoïcien, la foule, qui apprend à révérer de fausses valeurs (argent, places, honneurs) (Sénèque, De Breuitate uitae) et il indique que le sage ne doit participer à la vie de la cité que s'il y jouit de quelque influence ; il doit essentiellement préserver l'indépendance de son être intérieur. Le De Ira nous met tous en garde contre les méfaits de la colère et indique les remèdes pour la surmonter aussi bien chez les autres qu'en soi.

Mais c'est surtout dans les Lettres à Lucilius que Sénèque pratique la direction de conscience : toute occasion, même la plus fortuite, est bonne pour amener le lecteur aux réflexions les plus hautes. En conseillant les autres, d'ailleurs, avec un sens aigu de l'observation psychologique, Sénèque donne souvent l'impression qu'il cherche à s'analyser et se guérir lui-même : c'est une méditation à deux, le philosophe et son lecteur, un entraînement commun à pratiquer une ascèse en vue de catastrophes toujours possibles (et probables sous Néron ! )

Le succès posthume de Sénèque vient d'abord d'une très bonne connaissance du coeur humain, qu'il avait appris à connaître dans la haute société de Rome ; il vient aussi de la manière dont il prodigue ses conseils de morale, son "art de vivre" (Sénèque, Lettres à Lucilius) : apparemment un stoïcisme austère (se détacher des biens - supporter le malheur sans émotion - affronter sereinement la mort), mais qui, dans la pratique, sait transiger avec les nécessités de la vie ; et dans tout cela aucun pédantisme, mais une suite d'observations ingénieuses, de conseils pratiques, illustrés d'anecdotes plus ou moins piquantes, embellies de digressions variées, bref, des sortes de leçons aimables et spirituelles qui charment l'esprit de l'auditeur ou du lecteur.


L'époque Sa VieSénèque