Médée, abandonnée par Jason, veut se venger


Jason a pu faire cela ! Il a pu, quand j'ai perdu mon père, ma patrie, mon royaume, m'abandonner seule en terre étrangère, le cruel ! Il méprise ma puissance, après avoir vu mes sortilèges vaincre et le feu et la mer! Croit-il donc que j'ai épuisé tous les forfaits ? Incertaine, égarée, délirante, je cherche partout comment me venger.
[...] J'ai ravi ce qui faisait la gloire d'un royaume (= la Toison d'or) ; j'ai, vierge atroce, dépecé avec l'épée l'enfant (= son frère) qui m'accompagnait ; j'ai, semant ses membres dans la mer, obligé notre père à en recueillir les débris funèbres (1) .[...] Que de fois j'ai criminellement répandu le sang et toujours sans colère. Mais aujourd'hui l'amour, sinistre, l'emporte. [...]
Paix ; ah ! démente douleur, parle mieux. S'il se peut, que Jason vive pour moi, comme jadis ; sinon, qu'il vive pourtant avec le souvenir de mes dons, mais qu'il soit mort pour moi.

(1) et ainsi retarder la poursuite de son père

Sénèque, Médée, v. 118-142 (trad. J. Bayet)


L'œuvre de Sénèque