Voici, selon moi, ce que doit faire la vertu, comme l'aspirant
à la vertu : si la Fortune triomphe et lui ôte les
moyens d'agir, qu'il ne se hâte pas de tourner le dos, de
s'enfuir en jetant ses armes et de chercher un abri. [...] Qu'il
apporte seulement plus de réserve à son activité.
[...] Le métier militaire lui est-il interdit ? qu'il recherche
les honneurs. Est-il réduit à la vie privée
? qu'il plaide.
Le silence lui est-il imposé ? qu'il donne à ses
concitoyens l'appui muet de sa présence. [...] Ne peut-il
plus remplir ses devoirs de citoyen ? Il lui reste ses devoirs
d'homme. De là la règle dont nous (= les Stoïciens)
sommes fiers, de ne pas nous confiner aux murailles d'une ville
unique, mais d'entrer en commerce avec le monde entier et de professer
que notre patrie est l'univers, afin d'offrir à la vertu
un plus vaste champ d'action.
Sénèque, De Tranquillitate animi, IV, 2-4