Le philosophe


Socrate n'est donc pas un philosophe de profession ;

c'est un Athénien moyen qui n'a, pour ainsi dire, jamais quitté Athènes. Comme tout Athénien, il se promène et il parle, comme tout le monde, de tout. Innocemment il intervient souvent dans une discussion déjà commencée, questionnant les gens les plus divers par l'âge, le métier ou la condition sociale.

Socrate ne fait aucune exclusive et son attitude est fraternelle envers tous. Contrairement aux philosophes ou aux sophistes qu'on va écouter, lui, il va à la rencontre des gens, un peu comme un solliciteur...; il consacre son temps, avec passion, à provoquer des entretiens et des débats (Platon), poussé par le besoin exigeant de traquer la vérité. Socrate ne prétend rien apprendre à ses interlocuteurs, car il dit qu'il ne sait qu'une chose, c'est... qu'il ne sait rien ! (Platon)

Ce qu'il veut, c'est mettre son interlocuteur en face de lui-même,

pour se "connaître" lui-même, selon le précepte inscrit sur un côté du temple d'Apollon à Delphes (gnôthi séauton : connais-toi toi-même), pour accéder à une conscience et une autonomie personnelles et, au-delà, accéder à la connaissance de ce qu'il y a d'essentiellement vrai dans l'homme.

Pour Socrate, nul n'est méchant volontairement; le méchant est celui qui ignore le bien, qui ne sait pas reconnaître la vertu à travers les visages divers qu'elle peut prendre. Si donc Socrate enseigne quelque chose, c'est à reconnaître la vertu et le bien ; c'est au moins le désir de chercher à les connaître. Tous les faux semblants, comme les artifices de la rhétorique, par exemple (cf. le Gorgias de Platon) sont dénoncés par lui.

Cet art de faire venir à la lumière la vérité,

Socrate l'appelle la maïeutique (Platon), c'est-à-dire l'art d'accoucher les esprits de ce qu'ils portent, comme sa mère faisait accoucher les femmes. A ce régime d'interrogation, les entretiens tournent vite à la confusion de l'interlocuteur,- qui n'admet que difficilement, de surcroît, l'ironie socratique (Socrate a la réputation d'un "insolent railleur").

Il semble toujours diminuer l'importance de toute chose et fait preuve, vis -à -vis de ce qui passe pour capital aux yeux de la communauté athénienne, d'un sens du relatif, souriant et lucide.

N'acceptant aucun compromis ni aucune compromission, n'obéissant qu'à une voix intérieure, "quelque chose de divin" qu'il appelle son démon (Platon), il ne s'accommode guère de la vie politique et veut avant tout sauvegarder sa liberté d'esprit et continuer à obéir à cette voix intérieure. Attitude qui l'a perdu...


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