10 La mort de Socrate


Un serviteur vient d'apporter la coupe contenant le liquide où l'on a broyé la ciguë

" Eh bien, mon cher", dit Socrate, "toi qui es au courant de la chose, que faut-il que je fasse ? - Rien de plus," répondit-il, "que de faire un tour après avoir bu jusqu'à ce que tes jambes se fassent lourdes, ensuite, rester étendu, comme cela il produira son effet".

Ce disant il tendit la coupe à Socrate; celui-ci la prit et en conservant toute sa sérénité, sans un tremblement, sans une altération ni de son teint ni de ses traits. [...] "C'est un devoir d'adresser aux dieux une prière pour l'heureux succès de ce changement de résidence, d'ici là-bas. Voilà ma prière: ainsi soit-il ! " Aussitôt dit, sans s'arrêter, sans faire aucunement le difficile ni le dégoûté, il but jusqu'au fond.

Alors nous, qui presque tous alors avions de notre mieux réussi à nous retenir de pleurer, quand nous vîmes qu'il buvait, qu'il avait bu, il n'y eut plus moyen. Ce fut plus fort que moi; mes larmes partirent à flots si bien que, la face voilée, je pleurais tout mon saoul sur moi-même ( car, bien sûr que non, ce n'était pas sur lui), oui, sur mon infortune à moi qui serais privé d'un tel compagnon.

Platon, Phédon 117 a-c


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