3 Des boîtes merveilleuses


Les "silènes" étaient jadis de petites boîtes semblables à celles que nous voyons à présent dans les boutiques des apothicaires; sur le couvercle sont peintes de joyeuses et fantastiques figures [...] ; mais au-dedans on renfermait les fines drogues comme baume, ambre gris, [...] pierreries et autres choses précieuses.

Ainsi, disait (Alcibiade), est Socrate : car, voyant sa mine et l'estimant sur l'apparence extérieure, vous n'en eussiez pas donné un copeau d'oignon, tant il était laid de corps et ridicule en son maintien : le nez pointu, le regard d'un taureau, le visage d'un fou, les moeurs simples, habillé de vêtements rustiques, [...] toujours en train de rire, bavard avec tout le monde, toujours moqueur, toujours dissimulant son divin savoir.

Mais en ouvrant cette boite vous eussiez trouvé au-dedans une céleste et inappréciable drogue, entendement surhumain, vertus merveilleuses, courage invincible, sobriété sans pareille...

Rabelais, Gargantua, prologue


retour à l'homme Socrate