Les Cérastes et les Propétides

Mais allez demander à Amathonte, féconde en métaux, si elle voudrait avoir donné le jour aux Propétides ; elle les reniera aussi bien que ces monstres du temps jadis dont le front était surmonté de deux cornes ; d'où leur était venu le nom de Cérastes. Devant leur porte s'élevait l'autel de Jupiter Hospitalier, au milieu d'un bois très fréquenté ; si un étranger le voyait teint de sang, il pouvait croire qu'on y avait immolé des veaux encore à la mamelle et des brebis d'Amathonte ; c'était un hôte qu'ils avaient égorgé. Révoltée de ces abominables sacrifices, la bonne Vénus elle-même s'apprêtait à abandonner ses villes et les campagnes d'Ophiuse : «Mais ce doux pays, ces villes que j'aime, dit-elle, de quoi sont-ils coupables ? Quel est leur crime ? Que cette engeance sacrilège expie plutôt son forfait par l'exil ou par la mort ou par un châtiment qui tienne le milieu entre la mort et l'exil. Et ce châtiment, quel peut-il être, sinon une métamorphose ? » Tandis qu'elle se demande quelle nouvelle forme elle pourrait leur donner, elle tourne les yeux vers leurs cornes et elle se dit qu'elle peut les leur laisser ; elle transforme leurs corps de colosses en taureaux farouches.

Cependant les impures Propétides osèrent nier la divinité de Vénus ; par là elles méritèrent le châtiment que leur infligea la déesse en courroux ; elles furent les premières, dit-on, qui prostituèrent leurs charmes ; comme elles avaient dépouillé toute pudeur et que leur sang durci ne rougissait plus leur visage, elles furent, par une altération à peine sensible, changées en pierres.

Ovide, Métamorphoses, X,v. 220-243



Vénus