De l'audace ! Vénus protège les amants

Et toi, Délie, trompe hardiment les gardiens. Il faut de l'audace. Le courage a pour protectrice Vénus elle-même. C'est elle qui favorise le jeune amant qui tente une porte nouvelle, ou la jeune fille qui la lui ouvre. C'est elle qui apprend à descendre à la dérobée d'une couche moelleuse et à poser le pied sans bruit : c'est elle qui montre à faire en présence d'un époux les gestes qui parlent, et à cacher de douces paroles sous des signes convenus. Mais ces secrets, elle ne les enseigne pas à tous ; elle ne les révèle qu'à ceux que n'appesantit point la paresse et que la crainte n'empêche point de se lever dans l'obscurité de la nuit. Moi, lorsque je cours dans les ténèbres par toute la ville, l'esprit agité, Vénus elle-même me donne de l'assurance dans les ténèbres ; [...] celui que l'amour tient sous ses lois peut aller partout sans crainte, sa personne est sacrée. [...] Fermez les yeux, vous tous qui vous trouvez sur mon passage, hommes ou femmes ; les larcins de l'amour doivent rester cachés. Vénus le veut. [...] Et même si quelqu'un m'aperçoit sans le vouloir, qu'il se taise, et prenne tous les dieux à témoin qu'il n'en a aucun souvenir. Car l'indiscret, quel qu'il soit, apprendra que Vénus est née de sang mêlé aux ondes de la mer en fureur.

Tibulle, Élégies, I, 2, v. 16-42
(trad. collection Panckoucke)



Vénus