La passion de Phèdre

(La nourrice) Nul espoir qu'un si grand mal puisse s'adoucir, ces flammes démentes n'auront pas de fin. Elle est consumée par une chaleur silencieuse et elle a beau l'enfermer en elle, faire effort pour la cacher, sa folie furieuse est trahie par son visage ; de ses yeux jaillit du feu, ses paupières lasses refusent la lumière ; son irrésolution rend ses goûts inconstants et une douleur diffuse agite de multiples secousses ses membres. Tantôt, comme mourante, elle trébuche d'un pas sans force et soutient péniblement sa tête de son cou vacillant, tantôt elle s'abandonne au repos, puis, oubliant le sommeil, elle passe la nuit en plaintes ; elle ordonne qu'on la lève, puis, derechef, qu'on la mette au lit, qu'on dénoue sa chevelure, puis qu'on l'arrange à nouveau ; sans cesse importune à elle-même, elle est toute instabilité ; elle n'a plus souci de sa nourriture ou de sa santé ; elle va d'un pas indécis, désormais vidée de ses forces ; sa vigueur n'est plus la même ; son visage n'a plus son éclat luisant de pourpre ; la peine fait en son corps des ravages, déjà ses pas tremblent et le charme délicat de ce splendide corps s'en est allé.

Sénèque, Phèdre, v. 360-378



Vénus