Toute-puissance de Vénus

C'est elle la plus digne de régir l'ensemble du monde ; c'est elle qui possède un royaume qui ne le cède à celui d'aucun autre dieu ; elle confère leurs lois au ciel, à la terre, aux ondes dont elle est née, et par ses incitations elle maintient l'ensemble des êtres. C'est elle qui a créé tous les animaux [...] ; c'est elle qui vivifie les plantes et les arbres ; c'est elle qui a engagé les hommes au coeur fruste à s'associer et appris à chacun à s'unir avec sa compagne. Qu'est-ce qui donne naissance à toutes les espèces d'oiseaux, sinon la délectable volupté ? Les animaux non plus ne s'apparieraient pas, n'était la tendresse de l'amour.[...] La même puissance sauvegarde tous les êtres qui vivent sous la vaste surface de la mer et remplit les eaux d'innombrables poissons. C'est la déesse qui, la première, libéra l'homme de son aspect sauvage : c'est d'elle que sont venus la parure et les soins de la toilette. C'est un amant le premier qui fit entendre, dit-on, un chant, en veillant devant la porte close de celle qui lui avait refusé la nuit. L'éloquence consistait à vouloir fléchir une amante cruelle et chacun était assez doué pour plaider sa propre cause. C'est elle qui promut mille arts ; le goût de plaire suscita, dit-on, de nombreuses découvertes, jadis insoupçonnées. [...]

À Vénus, aucune saison n'était plus appropriée que le printemps : c'est au printemps que resplendit la terre, au printemps que s'amollissent les champs ; alors les herbes percent le sol et dressent leurs pointes ; alors les bourgeons poussent sur l'écorce gonflée du sarment ; la belle Vénus mérite la belle saison et, comme d'habitude, elle est liée à son cher Mars. Au printemps elle invite les nefs courbes à prendre la mer, qui la vit naître, et à ne plus craindre les menaces de l'hiver.

Ovide, Fastes, IV, v. 91-114 et 125-132



Vénus