Jupiter rassure Vénus

Le Père des hommes et des dieux, avec un sourire et ce visage qui rassérène le ciel orageux, effleura d'un baiser les lèvres de sa fille et lui répondit : «Rassure-toi, Cythérée. La destinée de tes Troyens reste immuable. Tu verras la ville et les murs promis de Lavinium, et emporteras dans l'espace jusqu'aux astres du ciel le magnanime Énée. Rien ne m'a fait changer. [...] Ton Énée soutiendra en Italie une terrible guerre ; il domptera des peuples farouches et donnera à ses hommes des lois et des remparts. [...] L'enfant qui porte aujourd'hui le surnom d'Iule (il s'appelait Ilus tant que la fortune d'Ilion fut debout et son royaume), Ascagne, remplira de son règne le long déroulement des mois durant trente années et, de Lavinium, il transférera le siège de sa royauté derrière les remparts d'une ville nouvelle, la puissante Albe la Longue. Là pendant trois siècles pleins, régnera la race d'Hector, jusqu'au jour où une prêtresse de la famille royale, Ilia, grosse des oeuvres de Mars, enfantera des jumeaux. Romulus, gorgé de lait à l'ombre fauve de sa nourrice la louve, continuera la race d'Énée, fondera la ville de Mars et nommera les Romains de son nom. Je n'assigne de borne ni à leur puissance ni à leur durée : je leur ai donné un empire sans fin. [...] Telle est ma volonté.»

Virgile, Énéide, I, v. 254-284



Vénus