Le piège de Vénus

Vénus combine de nouveaux artifices, et de nouveaux desseins : Cupidon changera de forme et de visage et viendra sous les traits du doux Ascagne ; de ses présents il embrasera la reine et fera couler dans ses veines la folie d'amour.[...] Elle s'adresse au dieu qui porte des ailes, à l'Amour. «Mon fils, lui dit-elle, toi qui es ma force et ma grande puissance [...] je fais appel en suppliante à ton pouvoir divin. [...] Pour le temps d'une nuit, déguise-toi, prends sa (=celle d'Ascagne) forme et, enfant, revêts ce visage d'enfant qui t'est si connu. Lorsque Didon, toute à la joie, te recevra sur ses genoux au milieu du festin royal et des libations de Bacchus, lorsqu'elle t'embrassera et te couvrira de doux baisers, souffle sur elle un feu secret et, sans qu'elle s'en aperçoive, verse-lui ton poison.» [...]

Et déjà Cupidon, obéissant à sa mère, s'en allait tout heureux sous la conduite d'Achate et portait aux Tyriens les présents royaux; [...]admire les présents d'Énée ; on admire Iule, les yeux étincelants du dieu, ses paroles feintes, et la robe et le voile brodé d'une acanthe couleur de safran. Et surtout la malheureuse Phénicienne, vouée au fléau qui la perdra, ne peut assouvir son coeur ; elle se consume à regarder Iule, aussi émue par l'enfant que par les présents. Lui, il embrasse Énée ; il se suspend à son cou et, lorsqu'il a rassasié le grand amour du père abusé, il court à la reine. Elle s'attache à lui de tous ses regards, de toute son âme ; parfois elle le presse contre son sein, l'infortunée Didon qui ne sait pas quel puissant dieu s'assied sur ses genoux ! Mais, docile à la leçon de sa mère [...], il commence à effacer peu à peu l'image de Sychée (le mari de Didon, assassiné par son frère) et il s'applique à surprendre et à bouleverser d'un vivant amour cette âme depuis longtemps paisible, ce coeur déshabitué d'aimer.

Énéide, I, v. 657-722 passim



Vénus