Les propositions de Junon à Vénus

(Junon) «En vérité, voilà un grand honneur et un beau trophée pour toi et ton jeune garçon ! Quel titre imposant et mémorable : une femme sans défense vaincue par la ruse de deux divinités ! Certes, il ne m'échappe pas que tu redoutes nos murs et que la ville altière de Carthage t'est suspecte. Mais quand cesseront nos querelles ? [...] Que ne faisons-nous plutôt une paix éternelle et un hymen qui en soit le gage ? Tu as ce que tu désirais de toute ton âme. Réunissons nos peuples, gouvernons-les sous des auspices égaux : laissons Didon obéir à un mari phrygien et mettre sous ta main les sujets de Tyr qu'elle lui apportera en dot.»

Vénus comprit la feinte et que Junon ne cherchait qu'à détourner sur la terre libyenne l'empire promis à l'Italie ; elle lui répondit : «Qui serait assez insensé pour refuser et pour préférer la guerre contre toi ? Encore faut-il que la fortune approuve ce que tu proposes. Les destins m'inquiètent : je me demande si Jupiter veut ne faire qu'une ville des Tyriens et des hommes partis de Troie, s'il consent que ces deux peuples se mêlent ou s'allient. Tu es sa femme : tu as le droit d'essayer sur lui l'effet de tes prières. Va ; je te suivrai.»

Énéide, IV, v. 93-114



Vénus