Didon à Énée

Ainsi tu as décidé de partir et d'abandonner la malheureuse Didon ; les mêmes vents emporteront voiles et serments ? [...] Possèderas-tu une autre Didon ? [...] D'où te viendra une épouse qui t'aime ainsi ? Je brûle comme la torche de cire imprégnée de soufre ; le jour et la nuit ramènent Énée dans mon esprit ; [...] Vénus, épargne ta bru et toi, son frère, Amour, enlace ton frère insensible ; qu'il combatte dans ton camp, et qu'alors celui que j'aimais la première (et je n'en rougis point) fournisse matière à mon souci.

Je m'abuse et une trompeuse image s'agite devant moi ; son c_ur est tout autre que celui de sa mère. Toi, la pierre des montagnes, et le chêne né sur les roches hautes, et les cruelles bêtes sauvages t'ont engendré, ou bien la mer, telle que tu la vois aujourd'hui même, agitée par les vents et dont cependant tu te prépares à affronter les flots ennemis.

Ovide, Héroïdes, VII, v. 1-46 passim



Vénus