Prière de Vénus à Neptune

Vénus, toujours inquiète, s'adresse à Neptune et son âme tourmentée s'épanche ainsi : «Junon, avec sa violente colère et son coeur que rien ne rassasie, me force, Neptune, de descendre à toutes les prières. Ni le temps ni aucun témoignage de piété ne l'adoucit. Les ordres de Jupiter, les arrêts des destins ont beau briser ses efforts : elle ne se tient pas tranquille. [...] Toi-même tu m'en es témoin : tu as vu naguère de quelles énormes masses elle a subitement soulevé les flots de Libye ; mer et ciel, elle a tout bouleversé, forte mais en vain, des tempêtes d'Éole ; et cela, elle l'a osé dans ton empire. [...] Que nos derniers navires, je t'en supplie, puissent sans danger déployer leurs voiles à travers les ondes, et atteindre le Tibre des Laurestes, si je ne demande que ce qui nous est accordé, si c'est bien là que les Parques nous ont promis des remparts.» Alors le Saturnien, dompteur des mers profondes, lui répondit : «Tu as tous les droits, Cythérée, de te fier à mon royaume dont tu es sortie. J'ai aussi mérité ta confiance : souvent j'ai réprimé les fureurs et la rage effroyable du ciel et de la mer. Sur la terre même, j'en atteste le Xanthe et le Simoïs, je n'ai pas pris moins à coeur le salut de ton Énée. [...] Je suis aujourd'hui dans les mêmes sentiments ; chasse tes craintes ; il abordera en toute sûreté au port de l'Averne que tu souhaites pour lui.

Énéide, V, v. 779-813 passim



Vénus