Vénus demande à son époux des armes pour son fils

Cependant Vénus [...] émue par l'âpre tumulte de la guerre, s'adresse à Vulcain et, sur la couche d'or de son mari, répand dans ses paroles un divin amour. «Aussi longtemps que les rois argiens ravageaient Pergame condamnée par les destins et des citadelles qui devaient s'écrouler dans les flammes ennemies, je ne t'ai demandé pour les malheureux Troyens ni secours ni armes, rien de toi, mon époux bien-aimé. [...] Maintenant, mon fils s'est arrêté sur l'ordre de Jupiter au pays des Rutules ; et cette fois en suppliante, je viens demander à ta volonté divine, qui m'est sacrée, des armes ; mère, je t'implore pour mon fils. La fille de Nérée (=Thétis), la femme de Tithon (=Aurore) ont pu te fléchir par leurs larmes. Vois les peuples qui se liguent, les cités qui ont fermé leurs portes et aiguisent le fer contre moi, pour la perte des miens.»

Elle dit, et comme il hésite, elle lui jette autour du cou ses bras de neige et l'enveloppe de sa tiède et molle étreinte. Il se sent tout à coup envahi de la flamme accoutumée ; un feu qu'il connaît bien a pénétré ses moelles et couru par ses membres pleins de langueur. Ainsi parfois, quand le tonnerre éclate, le sillon enflammé de l'éclair parcourt les nuages de son étincelante lumière. L'épouse s'en est bien aperçue, heureuse de son adresse, consciente de sa beauté. Alors le dieu enchaîné par l'éternel amour, lui dit : «Pourquoi chercher si loin des raisons ? Ai-je perdu ta confiance, déesse ? [...]si tu prépares la guerre, si c'est là ton intention, tout ce que je puis promettre de travail dans mon art, tout ce que peut donner la fonte du fer et de l'électre, tout ce que mes forges et mes soufflets sont capables de produire, tu l'auras. Cesse de me prier : tu n'as pas à douter de ta force.» Ces mots prononcés, il lui donna les embrassements qu'elle désirait ; et, couché sur le sein de son épouse, il fut gagné par un tranquille sommeil qui se répandit dans tout son corps.

Énéide, VIII, v. 371-406



Vénus