La blessure d'Énée

Mnesthée et le fidèle Achate avec Ascagne reconduisaient au camp Énée couvert de sang qui, un pas sur deux, s'appuyait à une longue javeline. Il est furieux ; il s'efforce d'arracher le trait dont le bois s'est brisé et réclame le secours le plus prompt : qu'on ouvre sa blessure avec une large épée, qu'on fouille profondément la chair où le dard se cache, et qu'on le renvoie au combat. Iapyx, fils d'Issus, était déjà là. [...] Énée se tenait debout, frémissant d'une âpre impatience, appuyé sur une énorme lance, entouré d'une foule de jeunes gens et d'Iule qui s'affligeait, mais lui-même insensible aux larmes. Le vieillard, la robe relevée, vêtu à la manière de Péon 1 , faisait vainement appel aux herbes puissantes de Phébus et à toute l'habileté de sa main. Vainement il ébranle le trait et essaie de le saisir avec sa pince tenace. La Fortune ne lui indique aucun moyen ; et son maître Apollon ne lui est d'aucun secours.

Énéide, XII, v. 384-405

(1) le médecin des dieux



Vénus