Le miracle de Vénus

Alors Vénus, frappée des cruelles douleurs de son fils, va maternellement cueillir sur l'Ida de Crète le dictame dont la tige s'enveloppe d'un jeune feuillage et se couronne d'une fleur éclatante. Les chèvres sauvages connaissent bien cette herbe lorsque les flèches ailées se sont attachées à leur dos. Entourée d'un nuage obscur, Vénus l'apporte, en imprègne l'eau vive contenue dans un bassin brillant et y répand, pour lui donner une mystérieuse vertu, les sucs salutaires de l'ambroisie et une odorante panacée. Le vieil Iapyx baigna la blessure avec cette eau dont il ignore le pouvoir ; et soudain, comme il est naturel, toute douleur quitte le corps d'Énée ; son sang s'arrête au fond de sa blessure ; la flèche d'elle-même, sans effort, suit la main et tombe ; et le héros sent rentrer en lui sa première vigueur : «Apportez-lui vite des armes! Que faites-vous là sans bouger ?» s'écrie Iapyx, qui est le premier à l'enflammer contre l'ennemi. «Cette guérison ne vient pas de ressources humaines ; ce n'est pas mon art, Énée, ce n'est pas ma main qui t'a guéri. Reconnais l'action d'un dieu plus puissant qui t'appelle à des tâches plus hautes.»

Énéide, XII, v. 411-429



Vénus