Arion et le dauphin


En pleine mer les matelots complotèrent de le jeter par-dessus bord pour s'emparer de son argent. Quand Arion comprit leur intention, il tenta de les fléchir en leur offrant tous ses biens s'ils lui laissaient la vie sauve. Insensibles à ses prières, les marins l'invitèrent [...] à se jeter à la mer au plus vite. En cette extrémité, Arion ne sollicita qu'une faveur : [...] qu'on lui permît seulement de revêtir son costume d'apparat et de chanter debout sur le tillac ; son chant terminé, leur promit-il, il se tuerait. Ravis à l'idée d'entendre le meilleur chanteur qui fût au monde, les hommes quittèrent la poupe et se groupèrent au milieu du navire. Arion, en grand costume, prit sa cithare et debout sur le tillac, chanta d'un bout à l'autre l'hymne orthien (1) ; puis, en terminant, il se jeta dans la mer tel qu'il était, avec toutes ses parures. Les marins continuèrent leur route vers Corinthe mais, dit-on, un dauphin prit Arion sur son dos et le porta jusqu'au cap Ténare.

(1) combinaison rythmique due au poète lyrique Terpandre (VIIe siècle av. J.-C.)

HÉRODOTE, Histoires, I, 23-24


Le voyage en Grèce