Une tempête en mer Baltique

Tout d'abord, la mer tranquille retentissait sous les rames de mille vaisseaux ou cédait à l'impulsion des voiles. Puis, d'un sombre amas de nuages jaillit la grêle, et en même temps, soulevés en tous sens par des tourbillons variés, les vagues dérobent la vue, empêchant la conduite ; et la troupe effrayée, ignorant les hasards de la mer, en troublant les matelots ou en les aidant à contretemps, gênait les man_uvres des gens experts. Alors tout le ciel et la mer entière tombèrent au pouvoir de l'auster, dont la violence, accrue par les vallonnements de la terre germanique, par la profondeur des fleuves, par l'immense traînée des nuages, et avivée par le voisinage des frimas nordiques, emporta et dispersa les navires vers le large ou vers les îles que des rochers abrupts ou des bas-fonds cachés rendaient hostiles. Ces périls évités quelque peu et à grand-peine, quand le flux eut changé et porté du même côté que le vent, on ne pouvait plus rester fixé aux ancres ni épuiser l'eau qui pénétrait ; chevaux, bêtes de somme, bagages, armes même, tout est jeté à la mer pour alléger les coques qui faisaient eau par les flancs et sous le poids des vagues.

Tacite, Annales, II, 23



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