Le bonheur du poète à la campagne

Je puis enfin, naguère il n'en était point ainsi , je puis, content de peu, renoncer à de continuels et lointains voyages, et chercher un abri contre les feux de la Canicule à l'ombre d'un arbre, sur les bords d'une onde fugitive. [...] Pour moi, c'est assez d'une petite récolte ; c'est assez d'un lit pour goûter le repos, si les dieux me le permettent, et de ma couche ordinaire pour délasser mes membres. Quel plaisir d'entendre de son lit le souffle des vents furieux et d'y presser tendrement sa maîtresse contre son sein ! ou, quand le vent de l'hiver verse une eau glacée, de s'endormir exempt de crainte au bruit de la pluie ! Puisse ce bonheur être le mien ! Qu'il garde ses richesses trop chèrement achetées, celui qui peut supporter les fureurs de la mer et les orages. Ah ! périsse tout ce qu'il y a d'or et d'émeraudes, avant que mon absence fasse couler les larmes d'une jeune fille !

Tibulle, Élégies, v. 25-28 et 43-52

(trad. de la col. Panckoucke)



Voyages privés