Qu'on vit mieux à la campagne qu'à la ville !

C'était mon voeu : un domaine dont l'étendue ne serait pas trop grande, où il y aurait un jardin, une fontaine d'eau vive voisine de la maison, et, au-dessus, un peu de bois. Les dieux ont mieux et plus largement fait les choses. C'est bien. Je ne demande rien de plus, fils de Maïa (= Mercure), sinon que tu donnes à ces avantages la stabilité. [...] Si ma fortune présente me plaît et me suffit, voici la prière que je te fais : "Engraisse chez moi le bétail et tout le reste sauf mon esprit et veille sur moi, selon ton habitude, comme un puissant gardien." [...]

Ici je ne suis point la victime de fâcheuses allées et venues, de l'Auster au souffle de plomb, du dangereux automne, pourvoyeur de la cruelle Libitine. [...] À Rome, tu m'entraînes pour être caution : "Allons, que nul ne réponde avant toi à l'appel du service à rendre, dépêche-toi". Que l'Aquilon balaie la terre, que le solstice fasse tourner dans le cercle le plus borné un jour neigeux, il faut marcher. [...] Je perds misérablement ma journée au milieu de pareilles futilités, non sans répéter ces voeux : "O campagne, quand te verrai-je et quand me sera-t-il permis de demander tantôt aux livres des anciens, tantôt à la sieste et aux heures paresseuses de me faire savourer le doux oubli d'une vie inquiète ? ", "Oh ! quand me servira-t-on la fève parente de Pythagore et, avec elle, des légumes bien assaisonnés de lard onctueux ? "

O nuits et repas divins où nous mangeons, mes amis et moi, devant le Lare de mon propre foyer, où je nourris, de nos aliments entamés avec mesure, mes esclaves domestiques au propos hardi. Chaque convive, affranchi d'absurdes lois, ne suit que sa fantaisie pour vider des coupes inégalement mesurées : il prend, buveur intrépide, des mélanges capiteux, ou il s'humecte, s'il y trouve plus de plaisir, d'une boisson moins forte ...

Horace, Satires, II, 6, v. 1-70 passim




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